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Prétérisme partiel

La grande tribulation, la ruine du Temple et une venue du Christ « en jugement » sur Jérusalem sont accomplies en 70 ; le retour corporel du Christ, la résurrection des corps et le jugement dernier restent à venir. Position surtout postmillénariste (Gentry, DeMar, Mathison) mais aussi amillénariste (Gregg), qui se dit conforme aux credo et combat à la fois le futurisme et le prétérisme complet.

En bref

Le prétérisme partiel lit une grande partie des prophéties du Nouveau Testament comme accomplies au premier siècle : le discours sur le mont des Oliviers (au moins jusqu’à Mt 24:34), la grande tribulation, la plus grande partie de l’Apocalypse et les 70 semaines de Daniel trouvent leur terme dans la guerre juive et la chute de Jérusalem en 70 (voir Destruction de Jérusalem (70)). Il tient cette année pour une vraie « venue » du Christ, une venue en jugement à la manière des « venues » de Dieu chez les prophètes. Mais il garde pour l’avenir le retour corporel et visible du Christ, la résurrection des corps et le jugement dernier, que les credo de l’Église affirment. Il se bat donc sur deux fronts : contre le futurisme (surtout dispensationaliste), qui renvoie ces prophéties à la fin de l’histoire, et contre le Prétérisme complet, qui place aussi la parousie finale et la résurrection en 70.

Ce qu’elle enseigne

  • Parousie : deux « venues » à distinguer. D’abord une venue en jugement sur Jérusalem en 70 (Mt 24:30 ; Mt 16:28 ; Ap 1:7), décrite dans le langage des nuées de Daniel 7:13. Ensuite la seconde venue finale, corporelle et visible, encore à venir (Ac 1:11 ; 1 Th 4:16 ; Mt 25:31). Le principal désaccord interne porte sur l’endroit où passe la frontière entre les deux dans un même texte (voir « Branches et variantes »).
  • Résurrection : future, physique et générale, au retour du Christ, sur le modèle de son corps ressuscité (1 Corinthiens 15 ; Gentry, Strimple, Gregg).
  • Jugement : un jugement historique d’Israël infidèle en 70 ; un jugement dernier de tous les hommes, à la fin de l’histoire (Mt 25:31-46 ; Ap 20:11-15).
  • Millénium (Ap 20) : le règne de mille ans est l’âge présent de l’Évangile, entre la première et la seconde venue. La plupart des prétéristes partiels américains sont postmillénaristes : l’Évangile gagnera largement le monde avant le retour du Christ. D’autres sont amillénaristes (Steve Gregg). Wikipédia note que la position est courante dans les deux milieux.
  • Date de l’Apocalypse : avant 70, sous Néron, pour la plupart des auteurs de l’école (Kenneth L. Gentry, Before Jerusalem Fell, 1989). Cette date est la condition de leur lecture de l’Apocalypse, mais non de leur lecture de Mt 24.
  • Israël et l’Église : 70 marque la fin de l’ancienne alliance et de son culte ; l’Église est l’Israël de la nouvelle alliance. Gentry parle du « divorce » de Dieu avec l’Israël infidèle (The Divorce of Israel, 2024), et beaucoup identifient la « Babylone » de l’Apocalypse à Jérusalem. Les dispensationalistes y voient une théologie du remplacement (Ice contre Hanegraaff).

Histoire

Des lectures anciennes, sans école

Les auteurs de l’école se réclament de lectures anciennes de Mt 24, qui ne formaient pas un système.

  • Eusèbe de Césarée (Histoire ecclésiastique III, 5-7, livre III écrit vers 312 selon Koester) raconte la guerre d’après Josèphe, y voit la réalisation de la « vraie prédiction » du Sauveur (III, 7, 1) en citant Mt 24:19-21 (III, 7, 2), et rapporte la fuite de l’Église de Jérusalem à Pella (III, 5, 3).
  • Jean Chrysostome (Homélies sur Matthieu, 76) applique Mt 24:16-22 au siège de Jérusalem, renvoie à Josèphe, puis marque le passage à la seconde venue à partir de 24:23. Dans l’homélie 77, il lit « cette génération » (24:34) comme celle des croyants : sa coupure tombe plus tôt que celle des partiels modernes.
  • Luis de Alcázar (1554-1613), jésuite : sa Vestigatio arcani sensus in Apocalypsi (imprimée à Anvers par Jan van Keerbergen en 1614, posthume ; rééditée à Lyon en 1618) est tenue pour le premier exposé systématique de l’Apocalypse en clé prétériste ; il y voit presque tout le livre accompli, sauf les trois derniers chapitres (Wikipédia). Selon Moses Stuart (1845), cette lecture servait l’Église catholique dans ses controverses avec les protestants ; toujours d’après Stuart, Alcázar date l’Apocalypse sous Domitien.

Les protestants du XVIIe siècle

  • Hugo Grotius (1583-1645) est, selon Wikipédia, le premier protestant notable à adopter le prétérisme : un commentaire des textes du Nouveau Testament qui traitent de l’Antichrist (1640), puis ses commentaires sur le Nouveau Testament (1641-1650).
  • Henry Hammond (1605-1660) : Paraphrase and Annotations on the New Testament (1653), commentaire prétériste qui s’appuie largement sur Grotius (Wikipédia, « Preterism »).
  • John Lightfoot (1602-1675), hébraïsant : dans ses Horae Hebraicae et Talmudicae sur Matthieu (1658), il lit Mt 24:27-31 comme la vengeance du Christ sur la nation juive, sa « venue dans les nuées » au sens de Daniel 7. Il conclut au v. 34 que ce qui précède ne s’entend pas du jugement dernier, et note que certains disciples, Jean surtout, ont vécu assez longtemps pour le voir.
  • Thomas Hayne (1645) et Joseph Hall (1650) placent l’accomplissement de Daniel au premier siècle (Wikipédia). Selon Brady (1983, cité par Wikipédia), le prétérisme n’a guère progressé en Angleterre pendant au moins un siècle.

Le XIXe siècle et le début du XXe

  • Moses Stuart, A Commentary on the Apocalypse (1845) : la chute de Jérusalem (ch. 6-11), puis celle de la Rome païenne (ch. 12-19).
  • J. Stuart Russell, The Parousia (1878) : tout le discours et la parousie elle-même en 70 ; revendiqué par les complets, il est beaucoup cité par les partiels, qui rejettent sa conclusion sur la résurrection (R. C. Sproul a préfacé une réédition).
  • Milton S. Terry, Biblical Apocalyptics (1898) : l’Apocalypse comme jugement de Jérusalem ; Gentry a réédité son commentaire.
  • Philip Mauro, The Seventy Weeks and the Great Tribulation (1921).
  • Pour Stuart et Terry, l’attente d’une venue finale reste à établir (voir leurs fiches).

Le renouveau réformé et reconstructionniste (années 1970-2000)

Le prétérisme partiel moderne naît surtout dans le milieu réformé et postmillénariste américain lié au reconstructionnisme chrétien.

  • Greg L. Bahnsen (mort le 11 décembre 1995) n’a pas écrit de commentaire de l’Apocalypse. Mais il a donné dans les années 1970 une longue série de conférences enregistrées sur ce livre (63 heures selon Gentry) et l’a enseigné au Reformed Theological Seminary. Gentry le dit « largement responsable » de l’essor du prétérisme évangélique. Il compte parmi ses élèves gagnés à cette lecture David Chilton, Gary DeMar et lui-même : c’est Bahnsen qui l’a convaincu de la date avant 70 (dédicace de Before Jerusalem Fell). Ses écrits postmillénaristes ont été réunis après sa mort dans Victory in Jesus: The Bright Hope of Postmillennialism, édité par Robert R. Booth (Texarkana, Arkansas, CMP, 1999, éditeur que Exodus Books nomme Covenant Media Foundation ; 157 p. ; ISBN 0967831717, selon Open Library, Exodus Books et la bibliographie de Gentry).
  • Viennent ensuite, chez Dominion Press, les trois livres de David Chilton (1985-1987), qui ont fait connaître le prétérisme partiel postmillénariste avant que leur auteur ne se déclare prétériste complet en 1997 ; puis Kenneth L. Gentry (Before Jerusalem Fell, 1989), qui appelle sa position « prétérisme orthodoxe » et le prétérisme complet « hyper-prétérisme » ; Gary DeMar (American Vision), vulgarisateur le plus lu contre le dispensationalisme et la série Left Behind ; R. C. Sproul (The Last Days According to Jesus, 1998), qui en fait une défense de l’inerrance contre la critique libérale (Schweitzer) ; et Keith A. Mathison (Postmillennialism, 1999). Voir le tableau plus bas.
  • James B. Jordan (Biblical Horizons) : un cycle de conférences sur l’Apocalypse présenté comme postmillénariste et prétériste, et The Handwriting on the Wall (American Vision, 2007) sur Daniel (voir Daniel 9.24-27).
  • Peter J. Leithart : The Promise of His Appearing: An Exposition of Second Peter (Canon Press, 2004), lecture prétériste de 2 Pierre qui évite le prétérisme complet, selon l’éditeur.
  • Douglas Wilson (Canon Press) : Heaven Misplaced: Christ’s Kingdom on Earth (2008), introduction populaire au postmillénarisme prétériste partiel ; même lecture dans son commentaire de l’Apocalypse, When the Man Comes Around.

Les milieux évangéliques et charismatiques

  • Hank Hanegraaff, The Apocalypse Code (Thomas Nelson, 2007) : une « eschatologie exégétique » contre Tim LaHaye. Il refuse l’étiquette prétériste, mais ses critiques comme ses défenseurs le classent ici. Il a débattu avec Mark Hitchcock de la date de l’Apocalypse (Pre-Trib Study Group, Dallas, 10 décembre 2007).
  • Harold R. Eberle et Martin Trench, Victorious Eschatology: A Partial Preterist View (Worldcast, 2006) : le livre a porté le prétérisme partiel et une eschatologie optimiste dans les milieux charismatiques, où le futurisme domine.
  • Steve Gregg, Revelation: Four Views (1997) et Why Not Full-Preterism? (Xulon, vers 2022) : un prétériste partiel amillénariste, hors du reconstructionnisme.
  • Voir aussi les fiches de Jay Rogers, Brian J. Orr, Dan L. Trotter, Peter Tremblay et Eliphas Phiri.
  • Wikipédia range aussi des auteurs catholiques (Scott Hahn, Jimmy Akin) et N. T. Wright parmi ceux qui lisent ainsi une partie des prophéties ; ce classement est celui de l’article, non le leur.

Les deux grandes controverses avec le prétérisme complet

  • 2004 : When Shall These Things Be? A Reformed Response to Hyper-Preterism (dir. Keith A. Mathison, P&R, 2004 ; avant-propos de R. C. Sproul selon la table des matières). Le livre compte sept chapitres :

    1. Kenneth L. Gentry, « The Historical Problem with Hyper-Preterism » ;
    2. Charles E. Hill, « Eschatology in the Wake of Jerusalem’s Fall » ;
    3. Richard L. Pratt Jr., « Hyper-Preterism and Unfolding Biblical Eschatology » ;
    4. Keith A. Mathison, « The Eschatological Time Texts of the New Testament » ;
    5. Simon J. Kistemaker, « Hyper-Preterism and Revelation » ;
    6. Douglas Wilson, « Sola Scriptura, Creeds, and Ecclesiastical Authority » ;
    7. Robert B. Strimple, « Hyper-Preterism on the Resurrection of the Body ».

    C’est la réponse réformée collective de référence. Les prétéristes complets ont répondu par House Divided: Bridging the Gap in Reformed Eschatology (dir. David A. Green, avec Edward J. Hassertt et Michael J. Sullivan ; 2e éd. Vision Publishing, 2013-2014 ; l’initiale du milieu varie selon les sources : « Edward J. » ou « Edward E. »). Ce livre soutient que le prétérisme complet est un « développement organique » de la théologie réformée.

  • 2023 : la lettre ouverte à Gary DeMar, publiée le 2 mars 2023 sur Postmillennial Worldview après deux envois privés. Elle a quatorze signataires : Andrew Sandlin, Kenneth L. Gentry, Douglas Wilson, Jeffery Ventrella, Phillip Kayser, John Frame, Ardel Caneday, Jeff Durbin, James White, Brian Mattson, Keith Sherlin, Jason Bradfield, Sam Frost et Uriesou Brito. Ils posent à DeMar trois questions, par oui ou non :

    • croit-il au retour corporel et glorieux du Christ à venir ?
    • croit-il à une résurrection physique et générale à venir ?
    • croit-il que l’histoire finira par le jugement final de tous les hommes ?

    Ces trois points figurent dans la confession de foi d’American Vision. La lettre parle de « transition doctrinale ». DeMar a répondu par des balados et a dit ne pas être prétériste complet ; il refuse d’appeler les prétéristes complets des hérétiques. La querelle a continué : en 2025, DeMar accuse Gentry d’avoir changé ses arguments pour fuir la logique du prétérisme complet, et Gentry répond que c’est la doctrine de DeMar qui n’est plus orthodoxe. En 2026, Bradfield reproche à DeMar d’appliquer Ac 1:11 à 70 (voir « Objections »).

L’épisode montre que la frontière entre les deux écoles bouge : Chilton est passé du partiel au complet, Frost et Bradfield du complet au partiel.

Branches et variantes

  • Les noms. Gentry dit « orthodoxe », Sproul « modéré » (face à un prétérisme « radical ») ; Wikipédia ajoute « classique ». Thomas Ice distingue trois degrés, repris par Mayhue : léger (tribulation accomplie de 70 à 313, avec la chute de la Rome païenne), modéré (Gentry) et extrême ou « conséquent » (seconde venue et résurrection passées).
  • Jérusalem seule, ou Jérusalem puis Rome. Pour Gentry et Chilton, la « Babylone » de l’Apocalypse est Jérusalem ; pour Moses Stuart, le livre annonce la chute de Jérusalem puis celle de la Rome païenne.
  • Où passe la coupure dans Mt 24. Tous les partiels admettent que le discours finit par parler de la venue finale. Ils ne s’accordent pas sur le point de passage :
    • au v. 36 (Gentry, d’après R. T. France, J. Marcellus Kik, Jeffrey Gibbs, David Garland). « Tout cela » et « ces jours » (v. 19-34) s’opposent au « jour et à l’heure » que personne ne connaît (v. 36), et ce qui est proche s’oppose à ce qui est inconnu. Mt 24:36-25:46 traite alors du jugement final ;
    • au v. 35 (Harold R. Eberle) ou juste après le v. 34 (Jay Rogers) ;
    • plus tôt, au v. 23, chez Chrysostome, qui n’est pas prétériste au sens moderne ;
    • aucune coupure. Gentry juge qu’appliquer tout le discours à 70 « ne poserait aucun problème doctrinal », puisque la venue finale est enseignée ailleurs (blogue, 2015).
  • Mt 16:27-28. La plupart séparent le v. 27 (le jugement final de « chacun ») du v. 28 (une venue en jugement dans la vie de « quelques-uns ») ; voir Matthieu 16.27-28.
  • Postmillénaristes et amillénaristes. Les reconstructionnistes (Gentry, DeMar, Chilton, Wilson) et Mathison sont postmillénaristes ; Gregg se dit « amillénariste plus optimiste ». House Divided décrit le camp réformé comme partagé en deux : les amillénaristes, qui ne voient qu’une venue future dans le Nouveau Testament, et les prétéristes partiels postmillénaristes.
  • Les cas limites. Hanegraaff refuse l’étiquette ; DeMar est accusé depuis 2023 de glisser vers le complet.

Principaux auteurs

AuteurOuvrage cléApport
Kenneth L. GentryBefore Jerusalem Fell (1989) ; He Shall Have Dominion (1992)Dossier de la date avant 70 ; Bête = Néron ; coupure au v. 36 ; principal adversaire de l’« hyper-prétérisme »
Gary DeMarLast Days Madness (4e éd. 1999)Vulgarisation contre le dispensationalisme ; les « vous » et « cette génération » ; position actuelle contestée
David ChiltonThe Days of Vengeance (1987)Commentaire complet de l’Apocalypse, prétériste et postmillénariste ; passé au complet en 1997
R. C. SproulThe Last Days According to Jesus (1998)Le prétérisme comme défense de l’inerrance ; large audience réformée
Keith A. MathisonPostmillennialism (1999) ; dir. When Shall These Things Be? (2004)Synthèse postmillénariste ; réponse collective au prétérisme complet
Steve GreggRevelation: Four Views (1997) ; Why Not Full-Preterism? (vers 2022)Prétérisme partiel amillénariste ; réfutation détaillée du complet
Hank HanegraaffThe Apocalypse Code (2007)Porte la lecture devant le grand public évangélique
Harold R. EberleVictorious Eschatology (2006)Diffusion en milieu charismatique
Douglas WilsonHeaven Misplaced (2008)Introduction pastorale ; chapitre sur les credo dans When Shall These Things Be?
Peter J. LeithartThe Promise of His Appearing (2004)2 Pierre lu en clé prétériste, sans prétérisme complet
Milton S. Terry, Moses StuartBiblical Apocalyptics (1898) ; Commentary on the Apocalypse (1845)Précurseurs américains (fiches « classique »)

Arguments principaux

  • Les textes de temps. Jésus et les apôtres fixent une borne : « Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n’arrive » (Mt 24:34) ; « quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme venir dans son règne » (Mt 16:28). L’Apocalypse annonce « ce qui doit arriver bientôt » et dit que « le temps est proche » (Ap 1:1, 3, traduction de Pierre Savignac). Les partiels prennent ces mots dans leur sens ordinaire (voir Matthieu 24.34 et Apocalypse 1.1-3).
  • Le fil du discours. Jésus annonce la ruine du Temple (Mt 24:2), et la question des disciples part de là. L’expression panta tauta (« tout cela ») relie 23:36, 24:2 et 24:34. Luc nomme l’événement : « Lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées, sachez alors que sa désolation est proche » (Lc 21:20).
  • Le langage prophétique. Chez les prophètes, les nuées, le soleil obscurci et les étoiles qui tombent sont des images de jugement sur des nations : « Voici, l’Éternel est monté sur une nuée rapide, il vient en Égypte » (És 19:1). La venue du Fils de l’homme (Mt 24:30) reprend Daniel 7:13. C’est une intronisation et une venue en jugement, non une apparition corporelle (Gentry ; déjà Lightfoot).
  • L’histoire confirme : ruine de la ville et du Temple, fuite à Pella, prodiges rapportés par Josèphe (Guerre des Juifs VI, 5, 3) et Tacite (Histoires V, 13) ; le rapprochement avec Mt 24 est une interprétation, que ces auteurs ne font pas (voir Destruction de Jérusalem (70)).
  • L’inerrance. Si la venue annoncée pour la génération n’était pas venue, Jésus se serait trompé, comme le disent les critiques libéraux (Sproul).
  • Les 70 semaines continues, sans parenthèse entre la 69e et la 70e (Daniel 9.24-27 ; DeMar, Gentry, Mauro).
  • Pourquoi s’arrêter là. Contre le prétérisme complet, les partiels invoquent d’autres textes, sans borne de temps, qui annoncent un retour visible, une résurrection des corps et un jugement de tous :
    • « Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel » (Ac 1:11) ;
    • « Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne le sait » (Mt 24:36) ;
    • le corps ressuscité du Christ est le modèle de la résurrection des siens (1 Corinthiens 15) ;
    • 1 Th 4:13-18 décrit une venue publique (1 Thessaloniciens 4.13-18) ;
    • Paul condamne Hyménée et Philète, « disant que la résurrection est déjà arrivée » (2 Tm 2:18).
  • Les credo. Les symboles des apôtres et de Nicée confessent le retour du Christ pour juger les vivants et les morts, et la résurrection ; l’Église ancienne n’a pas enseigné une parousie passée (Gentry, ch. 1 de When Shall These Things Be? ; Wilson, ch. 6). Les partiels citent aussi des textes chrétiens écrits peu après 70 qui attendent encore une résurrection future (1 Clément 24-26 ; Polycarpe, Aux Philippiens 7:1 ; voir 1 Thessaloniciens 4.13-18). Le chapitre de Charles E. Hill (ch. 2) porte sur l’eschatologie de l’Église après la chute de Jérusalem.

Objections et réponses

Les objections des futuristes

  • Objection : la date de l’Apocalypse. Irénée (Contre les hérésies V, 30, 3) place la vision à la fin du règne de Domitien ; la majorité des spécialistes datent le livre vers 95 ; sans date avant 70, la lecture prétériste de l’Apocalypse tombe. C’est l’objection de Thomas Ice, de Robert L. Thomas (The Master’s Seminary Journal 5/2, 1994), de Mark Hitchcock (thèse de Dallas Theological Seminary, 2005, « A Defense of the Domitianic Date of the Book of Revelation »), de Norman Geisler et de Richard L. Mayhue (2003).
    • Réponse (Gentry, Before Jerusalem Fell) : la phrase d’Irénée est ambiguë, car le sujet de « fut vu » peut être Jean lui-même ; Irénée se trompe ailleurs ; et les indices internes l’emportent (le Temple à mesurer en Ap 11:1-2, le sixième roi « qui est » en 17:10, le 666 de « Néron César » en lettres hébraïques). Les critiques répondent que la plupart des savants lisent bien la vision comme sujet. Les prétéristes ajoutent que leur lecture de Mt 24 ne dépend pas de la date de l’Apocalypse. Le détail est dans Apocalypse 1.1-3.
  • Objection : « tout œil le verra ». « Voici, il vient avec les nuées, et tout œil le verra, et ceux qui l’ont transpercé ; et toutes les tribus de la terre se lamenteront sur lui » (Ap 1:7, traduction de Pierre Savignac). Le verset annonce une venue vue de tous, ce qui n’a pas eu lieu en 70. De même, personne n’a « vu » le Fils de l’homme venir sur les nuées (Mt 24:30). Voir Mayhue (2003) et Hitchcock (Bibliotheca Sacra 164, n° 653, « A Critique of the Preterist View of Revelation and the Jewish War »).
    • Réponse : le verset reprend Daniel 7:13 et Zacharie 12:10-14, où il s’agit des familles du pays d’Israël ; gê peut se rendre « pays » ; « ceux qui l’ont transpercé » sont les contemporains de Jésus ; « voir » la venue, c’est voir le règne du Christ manifesté dans le jugement. C’est la lecture de Gentry, telle que Hitchcock la résume pour la combattre.
  • Objection : Ac 1:11 et l’unité de la venue. Le Nouveau Testament ne connaît qu’une seconde venue, et Ac 1:11 la décrit visible et corporelle ; en appelant « venue » le jugement de 70, les prétéristes multiplient les parousies. Geisler ajoute que cette herméneutique, appliquée de façon conséquente, mène au prétérisme complet, qu’il tient pour une hérésie (réponse à Steve Gregg). Selon Wikipédia, les dispensationalistes jugent en général que le partiel conduit logiquement au complet.
    • Réponse : l’Écriture connaît plusieurs « venues » de Dieu en jugement dans l’histoire (És 19:1) ; celle de 70 en est une, et la seconde venue d’Ac 1:11 reste future. Les prétéristes partiels nient que leur position mène au complet (Wikipédia) et le combattent ouvertement (When Shall These Things Be?).
  • Objection : Jésus était « futuriste ». Mt 16:28 vise la transfiguration, Mt 24:34 la génération qui verra les signes ; et répondre aux sceptiques ne valide pas un système (Mayhue, 2003, contre Sproul).
    • Réponse : la transfiguration est trop proche pour dire « quelques-uns ne mourront point » ; des commentateurs non prétéristes lisent aussi « cette génération » comme les contemporains (Carson, France, Bruce, d’après Mayhue). Voir Matthieu 24.34 et Matthieu 16.27-28.
  • Objection : la théologie du remplacement (Ice contre Hanegraaff).
    • Réponse : non documentée ici auteur par auteur (voir « À vérifier »).

Les objections des prétéristes complets

  • Objection : la coupure est arbitraire. Rien dans le texte ne signale un changement de sujet au v. 36 ; « ce jour » renvoie au jour qui vient d’être décrit ; Luc 17:22-37 mêle des éléments que Matthieu place avant et après le v. 36 ; la question de Mt 24:3 lie la ruine du Temple, la parousie et la fin de l’âge : « Dis-nous, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde? » Voir Russell (The Parousia), Preston, et Daniel E. Harden (réponse à Gentry, 30 mai 1999, sur le site de la Berean Bible Church de David B. Curtis).
    • Réponse (Gentry, 2015 et 2018) : le passage du pluriel « ces jours » au singulier « ce jour », et du proche au caché, est un vrai signal. Luc 17 est un autre discours, adressé d’abord aux pharisiens, et un même langage n’impose pas un même événement (il y a eu deux purifications du Temple). Même sans coupure, la venue finale serait enseignée ailleurs.
  • Objection : « tout cela ». Si « tout cela » arrive dans la génération (v. 34), la venue des v. 30-31, avec le rassemblement des élus, est la parousie elle-même ; il n’y en a pas d’autre (Russell ; Harden).
    • Réponse : la venue du v. 30 est la venue en jugement de Daniel 7, et le « rassemblement des élus » (v. 31) est la mission parmi les nations (Lightfoot ; Gentry). La parousie finale est celle de 24:36-25:46.
  • Objection : les textes de temps valent aussi pour la résurrection. Les mêmes mots de proximité accompagnent la parousie de 1 Th 4 (« nous les vivants »), la résurrection de 1 Co 15 (« nous ne mourrons pas tous ») et la fin de l’Apocalypse (Ap 22:6-20). Prendre « bientôt » à la lettre en Ap 1:1 et non en Ap 22:20 serait incohérent. Gentry applique Ap 1:7 à 70 mais pas Ac 1:9-11, qui emploie les mêmes nuées (Harden, 1999 ; Michael J. Sullivan ; Don K. Preston).
    • Réponse : le « nous » de 1 Th 4:15 et 1 Co 15:51 désigne une catégorie, les croyants vivants à la venue, et non les contemporains de Paul (Jason L. Bradfield, 2026). Les mille ans d’Ap 20 débordent par définition le « bientôt » (déjà Russell). Ac 1:11, par ses verbes de vue et de mouvement (« vous l’avez vu allant au ciel »), exige un retour de même nature que le départ (Mathison, « Acts 1:9-11 and the Hyper-Preterism Debate », © 2004 Ligonier Ministries, republié par Gentry sur Postmillennial Worldview le 7 mars 2023 ; Bradfield contre DeMar, 2026). Mathison relève que l’argument complet (les autres textes visent 70, donc Ac 1:11 aussi) ne convainc que ceux qui en admettent déjà les prémisses.
  • Objection : les credo ne sont pas l’Écriture. L’appel à la tradition contredit sola scriptura ; « orthodoxe » est une étiquette ; et la double venue des partiels n’est pas non plus dans les credo, qui ne connaissent qu’une venue (Harden, 1999 ; House Divided).
    • Réponse : Douglas Wilson (ch. 6 de When Shall These Things Be?) traite précisément du rapport entre sola scriptura, credo et autorité de l’Église. Gentry (ch. 1) oppose au prétérisme complet l’accord historique des credo sur la résurrection des corps, et 2 Tm 2:18 condamne ceux qui disent la résurrection passée. Les complets répliquent qu’Hyménée la disait passée avant 70 (Daniel C. Rogers, 2018 ; voir 1 Corinthiens 15).
  • Objection : le partiel est instable ; Chilton (1997), et DeMar selon ses critiques, sont passés au complet (Harden ; House Divided).
    • Réponse : l’inverse existe aussi (Sam Frost en 2010, Why I Left Full Preterism, préfacé par Gentry ; Bradfield). Frost met la christologie avant l’eschatologie : si le corps ressuscité du Christ demeure, la résurrection des siens est corporelle.

Rapports avec les autres écoles

  • Futurisme dispensationaliste : l’adversaire principal depuis les années 1980 (débats Gentry-Ice, 1999 ; DeMar-Ice, Biola University, 26 février 2002 ; Hanegraaff-Hitchcock, 2007).
  • Postmillénarisme : l’allié naturel ; si la grande tribulation est passée, rien n’empêche l’expansion de l’Évangile avant le retour du Christ.
  • Amillénarisme : compatible (Gregg). Mais des amillénaristes réformés comme Kim Riddlebarger, tout en saluant la critique du dispensationalisme, rejettent la date avant 70 et l’idée d’une « venue » du Christ en 70 (compte rendu de The Apocalypse Code).
  • Prétérisme complet : même lecture des textes de temps, désaccord sur leur portée. Les deux écoles partagent leurs références (Russell, Terry) et leurs adversaires, et la frontière est franchie dans les deux sens (Chilton, Frost, Bradfield). Voir Prétérisme complet.
  • Lectures non prétéristes de l’an 70 : des commentateurs qui ne se disent pas prétéristes (R. T. France, D. A. Carson, F. F. Bruce) rapportent une partie de Mt 24 à 70 ; les partiels les citent volontiers.

À vérifier

  • Les titres exacts et dates des ouvrages de Grotius (1640 ; 1641-1650, ou Annotationes de 1644 selon Froom) et le contenu prétériste précis de Hammond (1653) : connus par Wikipédia seulement.
  • Le plan exact de l’Apocalypse dans la Vestigatio d’Alcázar.
  • Lightfoot : édition et page des Horae Hebraicae sur Mt 24 (lu d’après une transcription en ligne).
  • L’avant-propos de When Shall These Things Be? : R. C. Sproul selon la table des matières, R. C. Sproul Jr. selon la notice d’Exodus Books. La table imprime « Richard L. Platt Jr. », sans doute pour Richard L. Pratt Jr.
  • House Divided : participation de Sam Frost. Plusieurs notices de la 1re édition (2009 : AbeBooks, Biblio, Goodreads) et la notice de Frost sur le blogue de Gentry le nomment coauteur. Frost lui-même, dans sa biographie de la boutique d’American Vision (2013), se dit auteur de House Divided « with Mike Sullivan, Dave Green and Ed Hassertt ». Les notices de la 2e édition (2013-2014) ne nomment que Green, Hassertt et Sullivan. La page de titre de 2009 n’a pas été vue.
  • Les positions de Jordan, Leithart et Wilson sur la date de l’Apocalypse et sur la coupure de Mt 24 ; l’année de When the Man Comes Around de Wilson.
  • Les positions des prétéristes partiels sur un avenir d’Israël (Rm 11), auteur par auteur.
  • La position actuelle de Gary DeMar sur les trois points de la lettre de 2023, d’après ses propres déclarations ; le titre de l’ouvrage en deux volumes de DeMar et Kim Burgess que mentionne Bradfield.
  • Le texte de l’article de Hitchcock (Bibliotheca Sacra 164, année à confirmer), connu par des résumés.
  • Réglé le 2026-10-28 : l’article de Mathison sur Ac 1:9-11 date de 2004 (© Ligonier) ; Gentry l’a seulement republié le 7 mars 2023 ; il a été lu en entier (voir Actes 1.11 et le retour visible).
  • Le sens de gê (« terre » ou « pays ») en Ap 1:7 et la lecture précise de Gentry, à lire dans ses propres textes.
  • La position de Moses Stuart et de Milton S. Terry sur la venue finale : elle décide s’ils sont des précurseurs du partiel ou du complet.

Voir aussi

Sources