Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Le copte est la dernière forme de la langue égyptienne, écrite avec l’alphabet grec augmenté de quelques lettres. La Bible y fut traduite en plusieurs dialectes : d’abord le sahidique (Haute-Égypte), puis le bohaïrique (Delta), qui devint la langue liturgique de l’Église copte et l’est encore. D’autres dialectes (akhmimique, fayoumique, moyen-égyptien) ont laissé des fragments.
Histoire
Documenté :
- La Vie d’Antoine (vers 360) montre un moine égyptien qui entend lire l’Évangile vers 270 et ne connaît pas le grec ; les règles de Pacôme (IVe siècle) supposent des moines lisant les Écritures en copte.
- Les plus anciens manuscrits sahidiques remontent au IVe siècle. Le Codex Glazier (moyen-égyptien, Actes 1-15, IVe-Ve siècle) et le papyrus Bodmer III (Jean en bohaïrique ancien, IVe siècle) sont parmi les témoins les plus anciens.
- La bibliothèque de Nag Hammadi (IVe siècle, découverte en 1945) montre qu’on lisait aussi en copte des écrits gnostiques, sans lien avec la traduction biblique elle-même.
- Le bohaïrique s’impose dans la liturgie au XIe siècle environ ; l’arabe remplace ensuite le copte comme langue parlée.
Texte source et méthode
L’AT vient de la Septante. Le NT suit un texte grec de type alexandrin, celui du Codex Vaticanus et du Codex Sinaiticus. Les versions coptes sont donc des témoins anciens de ce type de texte, celui que les éditions critiques modernes (Nestle-Aland, Texte de Westcott et Hort) préfèrent. La traduction est formelle, mais le copte n’a pas toutes les nuances du grec (cas, article).
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | « cette génération » ; à vérifier sur le texte copte |
| Ap 1:1 | l’Apocalypse est traduite en sahidique et en bohaïrique, mais longtemps hors de l’usage liturgique ; traitement de « bientôt » inconnu |
| 1 Jn 5:7-8 | Comma absente |
| Mc 16:9-20 | en sahidique, la plupart des témoins s’arrêtent à 16:8 ou ont la finale courte puis la longue ; en bohaïrique, finale longue (selon Metzger) |
| Jn 7:53-8:11 | absente des manuscrits sahidiques anciens |
| 1 Tm 3:16 | relatif « qui » (pas « Dieu »), selon l’apparat de Metzger |
| Ap 22:19 | inconnu |
| Ac 8:37 | absent en sahidique et en bohaïrique ; le codex moyen-égyptien Glazier (copG67, texte « occidental » proche du Codex Bezae) l’aurait, selon l’apparat de Metzger (à vérifier) |
Notes, livres et doctrine
Pas de notes. Les deutérocanoniques de la Septante sont présents dans des manuscrits sahidiques.
Jean 1:1 : le sahidique emploie l’article indéfini devant « dieu » dans « et la Parole était dieu ». La Traduction du monde nouveau (Témoins de Jéhovah) s’en sert pour justifier « un dieu ». Les coptisants répondent que l’usage de l’article en copte ne recoupe pas celui du grec, et que le même texte emploie cet article pour Dieu ailleurs ; la question reste discutée entre spécialistes. La fiche rapporte ce débat sans trancher la christologie.
Ce qu’on lui reproche
- Le texte d’Alexandrie, foyer de corruption (courant King James seulement : Benjamin G. Wilkinson, Our Authorized Bible Vindicated, 1930 ; D. A. Waite, Defending the King James Bible, 1992) : l’Égypte d’Origène aurait produit un texte altéré, que suivent les versions coptes. Réponse des critiques textuels (Metzger ; Askeland) : les versions coptes montrent seulement que le texte alexandrin était lu en Égypte au IIIe-IVe siècle ; la question de savoir quel type de texte est le plus proche de l’original se tranche ailleurs.
- Jean 1:1, « un dieu » : la Watch Tower (La Tour de Garde, 1er novembre 2008, « La Parole était-elle “Dieu” ou “un dieu” ? » ; l’usage chez Rolf Furuli reste à vérifier) cite l’article indéfini du sahidique pour défendre sa traduction. Des spécialistes critiquent cet usage : le copte met l’indéfini devant des noms de qualité, y compris pour Dieu ailleurs (Brian J. Wright et Tim Ricchuiti, Journal of Theological Studies, 2011 ; Christian Askeland et d’autres). Ce n’est pas un reproche fait à la traduction copte elle-même, mais à son emploi ; la fiche n’en tire aucune conclusion de christologie.
- Une langue trop pauvre pour le grec (critiques textuels) : le copte n’a pas de cas et emploie l’article autrement, ce qui empêche de savoir quel grec il traduit dans bien des variantes. Pourquoi : limite de la langue, pas choix des traducteurs. Les éditeurs de Nestle-Aland ne citent donc les versions coptes que là où la différence est visible.
- Un milieu gnostique ? Certains auteurs soupçonnent les traductions coptes d’avoir été influencées par les gnostiques de Nag Hammadi. Réponse : rien de tel n’a été démontré ; les textes bibliques coptes et les écrits gnostiques sont des corpus distincts, et les manuscrits bibliques viennent surtout de monastères pacômiens.
- La finale de Marc absente (débat entre défenseurs du Textus Receptus et critiques) : plusieurs témoins sahidiques s’arrêtent à 16:8 ou ont la finale courte. Les uns y voient un appui pour l’omission, les autres un texte égyptien local ; le bohaïrique, lui, a la finale longue.
Versets ajoutés ou retirés
- Marc 16-9-20 - la finale de Marc : sahidique, souvent arrêt à 16:8 ou finale courte puis longue ; bohaïrique, finale longue.
- 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique : absente.
- Jean 7-53 à 8-11 - la femme adultère : absente des manuscrits sahidiques anciens.
- 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté : relatif « qui », sans « Dieu ».
- Jean 1-18 - le Fils unique ou Dieu unique : à vérifier (les versions coptes sont citées dans les apparats, mais la lecture exacte dépend du dialecte).
Pourquoi cette note
Interprétation : traductions anciennes (IIIe-IVe siècle), formelles et sans notes, témoins précieux du texte grec tel qu’on le lisait en Égypte. Le type de texte qu’elles suivent (alexandrin) est un fait de transmission, non une faute du traducteur. Réserves : AT traduit de la Septante (traduction de traduction), langue qui ne rend pas toutes les nuances du grec (article, cas), ce qui limite leur usage dans les débats de détail (Jean 1:1), et transmission fragmentaire selon les dialectes. Note 4 (3 dans la première version de cette fiche, qui comptait le texte alexandrin comme un défaut).
Voir aussi
Codex Vaticanus · Codex Sinaiticus · Septante · Mouvement de critique textuelle · Traduction du monde nouveau · Bible éthiopienne (guèze)
Sources
- Bruce M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Clarendon Press, 1977, ch. 2 (versions coptes ; le ch. 3 est l’arménien).
- Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., Deutsche Bibelgesellschaft, 1994.
- Walter C. Till, « Coptic Biblical Texts Published after Vaschalde’s Lists », Bulletin of the John Rylands Library 42, 1959.
- Christian Askeland, John’s Gospel: The Coptic Translations of its Greek Text, De Gruyter, 2012.
- Benjamin G. Wilkinson, Our Authorized Bible Vindicated, 1930 ; D. A. Waite, Defending the King James Bible, Bible For Today, 1992.
- The Watchtower, 1er novembre 2008, p. 24-25, « Was the Word “God” or “a god”? » (argument du sahidique sur Jn 1:1).
- Brian J. Wright et Tim Ricchuiti, « From “God” (θεός) to “God” (Noute): A New Discussion and Proposal Regarding John 1.1 and the Sahidic Coptic Version of the NT », Journal of Theological Studies 62, 2 (2011), p. 494-512.