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Le texte
Le signe donné au roi Achaz, vers 734 av. J.-C., pendant la guerre syro-éphraïmite. L’hébreu dit : hinnēh hāʿalmāh hārāh wᵉyōledet bēn wᵉqārāʾt šᵉmô ʿimmānûʾēl, mot à mot « voici, la ʿalmāh (est) enceinte (ou : deviendra enceinte) et enfantant un fils, et elle appellera son nom Emmanuel ».
Le mot disputé est ʿalmāh. Il désigne une jeune femme en âge d’être mariée ; il revient sept fois dans la Bible hébraïque (Genèse 24:43 ; Exode 2:8 ; Psaume 68:26 ; Proverbes 30:19 ; Cantique 1:3 ; 6:8 ; Ésaïe 7:14). L’hébreu a un autre mot, bᵉtûlāh, souvent traduit « vierge ». La Septante traduit ʿalmāh ici par parthenos, « vierge », et Matthieu 1:23 cite le verset sous cette forme pour la naissance de Jésus.
- King James : « Behold, a virgin shall conceive, and bear a son, and shall call his name Immanuel. »
- Martin : « voici, une Vierge sera enceinte, et elle enfantera un fils, et appellera son Nom EMMANUEL ».
- Darby : « Voici, la vierge concevra et elle enfantera un fils ».
- Segond 1910 : « Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, Et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. »
Les témoins
- Texte massorétique (Codex de Leningrad, Codex d’Alep) : hāʿalmāh.
- Manuscrits de la mer Morte : le grand rouleau d’Ésaïe (1QIsa a, vers 125 av. J.-C.) a le même mot hʿlmh ; il diffère seulement sur le verbe « appeler » (wqrʾ, « et il (on) appellera », au lieu de « tu appelleras » ou « elle appellera »).
- Septante : hē parthenos en gastri hexei (ou lēmpsetai), « la vierge concevra ».
- Révisions juives du IIe siècle : Aquila de Sinope, Symmaque l’Ébionite et Théodotion traduisent neanis, « jeune femme » ; Irénée (Contre les hérésies III, 21, 1) le rapporte pour Théodotion et Aquila et le combat.
- Peshitta : btultā, « vierge ».
- Vulgate : ecce virgo concipiet. Jérôme de Stridon défend ce choix dans son commentaire sur Ésaïe.
- Targoums : le Targoum de Jonathan garde le sens de « jeune femme » et ne lit pas le verset comme messianique (à vérifier).
- Bible éthiopienne (guèze) : traduite sur la Septante, « vierge » (à vérifier).
D’où vient la différence
Il ne s’agit pas d’un ajout ni d’une omission, mais du sens d’un mot.
Lecture « vierge ». Les traducteurs juifs de la Septante, avant l’ère chrétienne, ont choisi parthenos ; Matthieu l’a reçu et y a vu l’annonce de la naissance virginale. Les défenseurs de cette traduction (Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon 43, 66-71 ; Jérôme ; puis Edward J. Young, Studies in Isaiah, 1954) soulignent que ʿalmāh ne désigne jamais une femme mariée dans la Bible, et qu’un « signe » suppose quelque chose d’extraordinaire.
Lecture « jeune femme ». Les révisions juives grecques du IIe siècle, l’exégèse juive (Tryphon déjà, chez Justin ; Rashi) et de nombreux savants modernes rappellent que ʿalmāh dit l’âge, non la virginité, que bᵉtûlāh existait pour dire « vierge », et que le signe concernait d’abord Achaz : avant que l’enfant sache rejeter le mal, les deux rois ennemis seraient abandonnés (7:16). Beaucoup de savants chrétiens tiennent ensemble les deux plans : un accomplissement au temps d’Ésaïe, et la lecture de Matthieu.
Dans les traductions
| Traduction | Traitement |
|---|---|
| King James 1611 | « a virgin » |
| Bible de Martin | « une Vierge » |
| Bible d’Ostervald | À vérifier |
| Bible Segond 1910 | « la jeune fille » |
| Bible Darby | « la vierge » |
| Bible de Jérusalem | « la jeune femme », avec note sur la Septante et Matthieu |
| Traduction œcuménique de la Bible | « la jeune femme », avec note |
| Segond 21 | « la vierge » (à vérifier) |
| Bible du Semeur | « la vierge » (à vérifier) |
| New International Version | « the virgin » |
| English Standard Version | « the virgin », note « or young woman » |
| Revised Standard Version | « a young woman » (1952), avec note « or virgin » |
| Bible éthiopienne (guèze) | « vierge », d’après la Septante (à vérifier) |
La Revised Standard Version de 1952 a déclenché une vive controverse aux États-Unis pour ce choix ; des pasteurs l’ont dénoncée, et le 30 novembre 1952 Luther Hux, pasteur à Rocky Mount (Caroline du Nord), a brûlé publiquement les pages contenant Ésaïe 7:14 (fait rapporté par la presse de l’époque et repris par Peter Thuesen). Voir Luther Weigle.
Ce qu’en disent les deux camps
Lecture traditionnelle chrétienne. Le Nouveau Testament, par Matthieu, donne le sens autorisé du verset ; la Septante prouve que « vierge » était une compréhension juive possible avant le christianisme. Traduire « jeune femme », c’est couper le lien entre la prophétie et son accomplissement.
Lecture philologique. Le traducteur rend le mot hébreu par son sens ordinaire et laisse au lecteur, et aux notes, le lien avec Matthieu ; le choix de la Septante est une traduction parmi d’autres. Il ne s’agit pas de nier la naissance virginale, que Matthieu et Luc enseignent par ailleurs, mais de traduire Ésaïe d’après l’hébreu.
Enjeu
L’enjeu est réel pour l’usage du verset comme prophétie de la naissance virginale, un point de foi pour les Églises chrétiennes ; il ne l’est pas pour la doctrine elle-même, que les évangiles enseignent directement (Matthieu 1:18-25 ; Luc 1:26-38). C’est le passage où le choix d’un seul mot a le plus servi de test de l’orthodoxie d’une traduction.
Voir aussi
Septante · Aquila de Sinope · Théodotion · Revised Standard Version · Luther Weigle · Bible Segond 1910 · Louis Segond · Versets disputés - vue d’ensemble
Sources
- Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon, 43, 66-71.
- Irénée de Lyon, Contre les hérésies III, 21, 1.
- Jérôme, Commentaire sur Ésaïe, livre III (sur 7:14).
- Edward J. Young, Studies in Isaiah, Grand Rapids, Eerdmans, 1954.
- Peter J. Thuesen, In Discordance with the Scriptures: American Protestant Battles over Translating the Bible, New York, Oxford University Press, 1999.
- Joseph Ziegler (éd.), Isaias, Septuaginta Göttingen XIV, 1939.
- Millar Burrows (éd.), The Dead Sea Scrolls of St. Mark’s Monastery, vol. I (1QIsa a), New Haven, 1950.