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En bref
La Vetus Latina (« Vieille latine ») désigne l’ensemble des traductions latines de la Bible faites avant la Vulgate de Jérôme de Stridon. Ce n’est pas une seule version mais une famille de textes, nés en Afrique du Nord, en Italie, en Gaule et en Espagne, très divers d’un manuscrit à l’autre. Jérôme se plaignait qu’il y eût « presque autant de textes que de manuscrits ».
Histoire
Documenté :
- Les Actes des martyrs scillitains (Carthage, 180) mentionnent des « livres et lettres de Paul » ; Tertullien (vers 200) et surtout Cyprien de Carthage (milieu du IIIe siècle) citent un texte latin déjà établi.
- On distingue un type africain (Cyprien, Codex Bobiensis k) et des types européens (Codex Vercellensis a, IVe siècle, Codex Veronensis b).
- Augustin d’Hippone recommande une version qu’il appelle Itala (De doctrina christiana II, 15) ; ce qu’elle désigne exactement est débattu.
- En 382, le pape Damase charge Jérôme de réviser les Évangiles latins, ce qui donnera la Vulgate. La Vetus Latina continue pourtant d’être copiée et citée pendant des siècles.
- L’Institut Vetus Latina de Beuron (Allemagne) publie depuis 1949 l’édition critique de tous les témoins.
Texte source et méthode
L’Ancien Testament est traduit de la Septante, non de l’hébreu. Le Nouveau Testament repose sur des manuscrits grecs très anciens (IIe siècle), souvent proches du Codex de Bèze (type « occidental »), donc avec additions et paraphrases. La langue est un latin populaire, collé au grec.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | generatio haec (« cette génération »), rendu mot à mot |
| Ap 1:1 | cito (« bientôt ») selon les témoins connus ; à vérifier manuscrit par manuscrit |
| 1 Jn 5:7-8 | c’est dans la tradition latine qu’apparaît la Comma : Cyprien (De unitate 6) applique « ces trois sont un » au Père, au Fils et à l’Esprit (cite-t-il le verset ou interprète-t-il le v. 8 ? débattu) ; première citation explicite chez Priscillien (vers 380), puis dans le Liber de divinis scripturis (pseudo-Augustin) |
| Mc 16:9-20 | le Codex Bobiensis (k) n’a que la finale courte ; les autres témoins ont la finale longue |
| Jn 7:53-8:11 | présente dans certains manuscrits (Codex Bezae, bilingue) |
| 1 Tm 3:16 | relatif (quod ou qui), non « Dieu » |
| Ap 22:19 | inconnu (témoins rares pour ce verset) ; à vérifier |
| Ac 8:37 | présent dans des témoins latins anciens ; Irénée le cite déjà |
Notes, livres et doctrine
Pas de notes. Les deutérocanoniques sont inclus, puisqu’ils viennent de la Septante ; pour plusieurs d’entre eux (Sagesse, Siracide, Baruch, Maccabées), Jérôme n’a pas refait la traduction, et c’est le texte de la Vetus Latina qui est passé tel quel dans la Vulgate.
Ce qu’on lui reproche
- Un texte anarchique, fait par des amateurs : Jérôme de Stridon (préface aux Évangiles adressée à Damase, 383-384) écrit qu’il y a presque autant de versions que de manuscrits ; Augustin d’Hippone (De doctrina christiana II, 11, 16) dit que quiconque avait un manuscrit grec et se croyait un peu de connaissance des deux langues se mettait à traduire. Pourquoi : il n’y eut jamais de commanditaire ni de comité ; les communautés traduisaient pour leur usage. Réponse : cette diversité même en fait un témoin précieux de textes grecs du IIe siècle aujourd’hui perdus.
- Une traduction de traduction pour l’Ancien Testament (Jérôme, puis les protestants) : elle suit la Septante, non l’hébreu. Réponse d’Augustin : c’est la Bible des apôtres et de l’Église, et elle ne doit pas être abandonnée.
- La porte d’entrée de la Comma johannique (critiques textuels, depuis Richard Simon, Histoire critique du texte du Nouveau Testament, 1689, jusqu’à Metzger) : la phrase sur le Père, la Parole et l’Esprit serait née comme commentaire allégorique du v. 8 en Afrique ou en Espagne, puis entrée dans le texte latin. Réponse des défenseurs (courant Textus Receptus ; Michael Maynard, A History of the Debate over 1 John 5:7-8, 1995) : la citation de Cyprien vers 250 prouverait que le verset existait déjà dans sa Bible.
- Additions « occidentales » (Brooke Foss Westcott et Fenton John Anthony Hort, 1881) : avec le Codex Bezae, elle ajoute ou paraphrase (par ex. au baptême, en Lc 3:22, la voix cite le Ps 2:7 : « je t’ai engendré aujourd’hui ») ; à l’inverse, elle n’a pas certains mots que les autres témoins ont (les « non-interpolations occidentales » de Hort). Pourquoi : on l’ignore ; les textes « occidentaux » circulaient tels quels au IIe siècle.
- La femme adultère retirée par scrupule : Augustin (Des mariages adultères II, 7) rapporte que certains, « de peu de foi », ôtaient de leurs manuscrits le pardon de Jésus à la femme adultère, de peur qu’il n’encourage les épouses à pécher. C’est l’une des rares explications anciennes d’une suppression volontaire. Réponse des critiques : l’absence du passage dans les plus anciens manuscrits grecs s’explique mieux par un ajout tardif ; le débat continue.
Versets ajoutés ou retirés
- 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique : c’est la tradition latine qui la fait apparaître (Cyprien débattu, Priscillien, Liber de divinis scripturis).
- Actes 8-37 - la confession de l’eunuque : présent dans des témoins vieux-latins ; c’est de là qu’il passera dans le grec d’Érasme.
- Marc 16-9-20 - la finale de Marc : le Codex Bobiensis (k) n’a que la finale courte.
- Jean 7-53 à 8-11 - la femme adultère : présente dans une partie des manuscrits ; connue d’Ambroise et d’Augustin.
- Luc 2-33 - Joseph ou son père : plusieurs manuscrits vieux-latins ont « Joseph », comme les témoins byzantins (à vérifier manuscrit par manuscrit).
Pourquoi cette note
Interprétation : témoin capital du texte au IIe-IIIe siècle, plus ancien que la plupart des grands codex grecs. Mais c’est une traduction de traduction pour l’AT, un ensemble disparate pour le NT, et la porte d’entrée historique de la Comma johannique. Note 3 : utilisable comme témoin, pas comme Bible de référence.
Voir aussi
Vulgate · Jérôme de Stridon · Augustin d’Hippone · Septante · Codex Vaticanus · Textus Receptus
Sources
- Bruce M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Clarendon Press, 1977, ch. 7.
- H. A. G. Houghton, The Latin New Testament: A Guide to its Early History, Texts, and Manuscripts, Oxford University Press, 2016.
- Institut Vetus Latina, Beuron : Vetus Latina. Die Reste der altlateinischen Bibel, Herder, depuis 1949.
- Jérôme, préface aux Évangiles (Novum opus), 383-384.
- Augustin, De doctrina christiana II, 11, 16 et II, 15, 22 ; De adulterinis coniugiis II, 7.
- Richard Simon, Histoire critique du texte du Nouveau Testament, Rotterdam, 1689.
- Michael Maynard, A History of the Debate over 1 John 5:7-8, Comma Publications, 1995.
- Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., 1994 (1 Jn 5:7-8, Ac 8:37).