Ressources · Financiers et mécènes

J. P. Morgan

Le banquier le plus puissant de son temps est souvent rangé, sur Internet, parmi les financiers de Dwight L. Moody et de l'évangélisme dispensationaliste.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

Cette fiche porte sur l’influence qu’on prête à Morgan sur la transmission de la Bible, non sur sa personne.

En bref

Le banquier le plus puissant de son temps est souvent rangé, sur Internet, parmi les financiers de Dwight L. Moody et de l’évangélisme dispensationaliste. Ce qui est documenté est autre : Morgan est un épiscopalien très engagé dans son Église, il signe en 1891 le mémorial de William Eugene Blackstone et il achète des manuscrits bibliques majeurs, aujourd’hui à la Morgan Library de New York. Son soutien à la campagne de Moody en 1876 n’est appuyé par aucune source sérieuse trouvée.

Provenance et confession

Né le 17 avril 1837 à Hartford (Connecticut), fils de Junius Spencer Morgan, banquier associé de George Peabody à Londres, et de Juliet Pierpont, fille du pasteur et poète unitarien John Pierpont. Anglophone, il étudie à Boston, en Suisse, puis à l’Université de Göttingen. Épiscopalien toute sa vie, il devient l’un des laïcs les plus influents de son Église : marguillier de St. George’s Church à New York, délégué aux Conventions générales ; il paie l’impression du Book Annexed (1883-1885), projet de révision du livre de prières, et signe le devis d’impression de l’exemplaire officiel de 1892 (Morgan Library ; An Episcopal Dictionary of the Church, « Book Annexed »). Aucune ordination. Cercles documentés : il fonde le Metropolitan Club, est membre de l’Union Club, commodore du New York Yacht Club. Aucune appartenance maçonnique n’est documentée par une source sérieuse.

Vie

Faits documentés. Formé à la banque de son père, il fonde J. P. Morgan & Co. et domine la finance américaine de 1890 à 1913 (réorganisation des chemins de fer, création d’U.S. Steel en 1901, sauvetage de 1907). En décembre 1912, il témoigne devant le comité Pujo, interrogé par son conseiller juridique, Samuel Untermyer, sur le « trust de l’argent ». Il meurt à Rome le 31 mars 1913.

Ce qu’il a financé

BénéficiaireMontantDateSourceNiveau de preuve
Campagne de Moody à l’Hippodrome de New Yorkinconnufévrier-avril 1876seulement des notices de marchands de journaux anciens (rarenewspapers.com)non démontré : aucune biographie de Moody ni archive consultée ne le nomme
Écoles de Moody à Northfieldaucun-les donateurs connus sont des hommes d’affaires de Boston et la famille Dodgenon démontré
Mémorial Blackstone (signature, pas d’argent)-mars 1891Wikipédia, « Blackstone Memorial » ; Jonathan Moorhead, « The Father of Zionism: William E. Blackstone? », JETS, 2010documenté
Manuscrits coptes de Hamuli (Fayoum), dont l’évangéliaire M.569 (les quatre évangiles)prix inconnuachat en décembre 1911, à Paris, par l’intermédiaire du marchand Arthur SambonMorgan Library & Museum ; Leo Depuydt, Catalogue of Coptic Manuscripts in the Pierpont Morgan Library, 1993documenté
Bibles de Gutenberg (trois exemplaires)2 750 £ pour la première ; autres inconnus1896 (sur vélin, chez Sotheran, Londres), 1900 (Ancien Testament sur papier, avec la collection Theodore Irwin), 1911 (exemplaire complet sur papier, par Quaritch)Morgan Library & Museum, notices « Gutenberg Bible »documenté
Église épiscopale (St. George’s, cathédrale Saint-Jean-le-Divin)inconnuannées 1880-1910biographies de Strouse et Carossodocumenté pour le soutien, montants à vérifier

Influence sur la Bible et la doctrine

  • Documenté : sa collection a sauvé et rendu accessible aux savants un ensemble unique de manuscrits bibliques coptes (voir Bibles coptes), édité en fac-similé à partir des années 1920.
  • Documenté : sa signature du mémorial Blackstone (1891), pétition au président Harrison pour remettre la Palestine aux Juifs ; c’est un geste politique, pas un financement, et il est l’un de plus de quatre cents signataires (voir Sionisme chrétien).
  • Non démontré : aucune trace d’un financement de Moody, de Scofield ou d’une Bible annotée par Morgan.

Signaux d’alerte

  • 2. Argent opaque (allégué) : Eustace Mullins (The Federal Reserve Conspiracy, 1954) présente Morgan comme lié aux intérêts des Rothschild, sur le terrain bancaire ; des sites plus récents, sans source primaire, y ajoutent un financement de Moody et du dispensationalisme. Ces textes ne citent aucune pièce sur un financement religieux ; aucun versement de Morgan à un prédicateur ou à une Bible n’est documenté.

Aucun signal documenté. Morgan agit dans sa propre Église, à visage découvert ; le seul point à vérifier est la mention de son nom dans les comptes du comité de 1876 (journaux new-yorkais de février-avril 1876).

Pourquoi cette note

Il n’a ni traduit ni annoté la Bible ; sa fortune et son rôle étaient publics. Son apport documenté à la transmission est la conservation de manuscrits ; le reste (financement de Moody, de doctrines) n’est pas démontré. 3/5 est une note neutre d’attente, comme pour Samuel Untermyer.

Voir aussi

Sources

  • Jean Strouse, Morgan: American Financier, New York, Random House, 1999.
  • Vincent P. Carosso, The Morgans: Private International Bankers, 1854-1913, Harvard University Press, 1987.
  • Leo Depuydt, Catalogue of Coptic Manuscripts in the Pierpont Morgan Library, Louvain, Peeters, 1993.
  • Morgan Library & Museum, notices sur les manuscrits de Hamuli et M.569.
  • Jonathan Moorhead, « The Father of Zionism: William E. Blackstone? », Journal of the Evangelical Theological Society 53/4, 2010.
  • Wikipédia (anglais), « J. P. Morgan », « Blackstone Memorial », consultées en 2026.
  • Eustace Mullins, The Federal Reserve Conspiracy, 1954 (cité comme source d’allégation).