En bref
Dans The Last Days According to Jesus (« Les derniers jours selon Jésus »), R. C. Sproul, théologien réformé et fondateur de Ligonier Ministries, prend la défense d’un prétérisme « modéré ». Son point de départ est apologétique. Les sceptiques et la critique libérale disent que Jésus a annoncé sa venue pour sa génération et s’est trompé ; Sproul répond que les indications de temps des Évangiles visaient bien la génération des disciples et qu’elles se sont accomplies dans la venue du Christ en jugement sur Jérusalem en 70. Il s’appuie surtout sur J. Stuart Russell pour les textes de temps et sur Kenneth L. Gentry pour la date de l’Apocalypse. Il refuse pourtant la conclusion de Russell : la résurrection finale et le retour du Christ restent à venir. La notoriété de l’auteur a fait de ce livre une porte d’entrée du prétérisme partiel chez les évangéliques réformés.
Éditions
- 1998 : Baker Books, Grand Rapids (Michigan), relié, 253 pages, ISBN 0-8010-1171-X (Kerux, 1999). Fin 1999, le livre en était à son 3e tirage, à plus de 50 000 exemplaires (Quinn, n. 28).
- 2015 : réédition chez Baker Books, 269 pages, « publié à l’origine en 1998 » (notice d’Internet Archive ; recension de Bob Trube, 2016). Les changements éventuels n’ont pas été vérifiés.
- Une édition numérique existe chez Logos. Ligonier a aussi publié une série d’enseignements vidéo sous le même titre (sujets : « This Generation », « The Destruction of Jerusalem », « The Beast », « The Millennium », etc.).
- En 1999, Sproul signe l’introduction de la réédition de The Parousia de Russell chez Baker (Quinn, n. 7 ; Mayhue) : voir The Parousia.
Plan
D’après la notice de la réédition de 2015 (Internet Archive) et le résumé de Quinn (1999), le livre comprend une introduction, neuf chapitres posés comme des questions, puis des annexes :
- Introduction : le défi des sceptiques (Bertrand Russell sur Mt 10:23 et 16:28 ; Albert Schweitzer), un survol en sept pages de la critique moderne de l’eschatologie (Hegel, Cullmann, l’école de l’histoire des religions, Strauss, Ritschl, Harnack, Schweitzer, Dodd) et la présentation de J. Stuart Russell (p. 11-26 d’après Mayhue).
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- What Did Jesus Teach on Mount Olivet? (Mt 24, lu d’après Russell)
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- What « Generation » Will Witness the End?
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- What « Age » Was About to End?
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- What Did Paul Teach in His Letters?
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- What About the Destruction of Jerusalem?
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- What Did John Teach in Revelation? (date de l’Apocalypse, p. 131-149 d’après Mayhue)
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- When Is the Resurrection?
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- Who Is the Antichrist?
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- When Is the Millennium?
- Annexes : le texte de Mt 24:1-25:46 (5 pages) ; le discours sur le mont des Oliviers en synopse de Matthieu, Marc et Luc (17 pages) ; un glossaire ; notes, bibliographie, index (Quinn).
Thèse et arguments
Le problème posé. Sproul raconte que ses professeurs, formés à la critique historique, tenaient pour acquis le « retard de la parousie » ; l’un d’eux avait été doctorant de Bultmann (p. 14, d’après Quinn). La critique admet que Jésus a bien prédit la chute de Jérusalem, mais dit qu’il s’est trompé sur sa venue, annoncée dans le même discours et le même délai. Pour Sproul, une erreur de Jésus sur ce point serait fatale au christianisme historique (introduction à The Parousia, cité par Mayhue). Les évangéliques ne peuvent donc pas ignorer les indications de temps du Nouveau Testament (p. 26, 203). Le prétériste joue à ses yeux le rôle d’une sentinelle contre les explications qui les affaiblissent (p. 202-203, d’après Mayhue).
Les trois textes de temps. Avec Russell, Sproul retient trois paroles de Jésus qui placent la venue dans la vie des disciples : Mt 10:23, Mt 16:28 et Mt 24:34 (p. 24-25). Mt 16:28 : « Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme venir dans son règne. » Mt 24:34 : « Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n’arrive. » Voir Matthieu 16.27-28 et Matthieu 24.34.
Mt 24 (ch. 1-3). Les disciples ont posé une seule question sur trois choses liées : la ruine du Temple, la venue et la « fin de l’âge ». Les signes des v. 4-13 se sont produits au premier siècle. L’Évangile prêché au monde habité (v. 14) l’a été, d’après Col 1:6 et 1:23. La « fin » est celle de l’âge juif, non celle du cosmos. Les signes cosmiques sont figurés, comme en Ésaïe 13 et 34 (résumé de Quinn). Pour « cette génération », Sproul présente trois lectures et choisit la troisième : le délai est littéral, les images de la venue sont figurées (Quinn). Le « jour du Seigneur » commence avec la venue du Christ et s’accomplit en jugement en 70. Il y a bien un « déjà et pas encore », mais il couvre environ quarante ans, non des millénaires (p. 81, d’après Quinn).
Paul (ch. 4). La « colère à venir » (1 Th 1:10) est celle qui « est venue » sur les Juifs (1 Th 2:16), d’après un sermon de Jonathan Edwards. Les « fins » et le « jour » de 1 Co 1:8, 3:13-15 et Rm 13:12 seraient la catastrophe de 70. Hébreux est aussi lu à la lumière d’une venue proche (Quinn).
La destruction de Jérusalem (ch. 5). Sproul raconte la guerre de 66-70 d’après Josèphe et Tacite. Il relève les prodiges rapportés par Josèphe (une étoile en forme d’épée, des chars dans les nuées) et les rapproche des visions d’Ézéchiel et de 2 R 6:17. Il y voit l’accomplissement du discours et la parousie du Christ comme venue en jugement (p. 119 et 127, d’après Quinn ; voir Destruction de Jérusalem (70)).
L’Apocalypse (ch. 6). Les indications de temps du livre visent des événements contemporains, et le jugement vise la nation juive. En suivant Gentry (Before Jerusalem Fell), Sproul penche pour une date avant 70 (Quinn ; Trube ; voir Date de l’Apocalypse).
La résurrection (ch. 7). Sproul ne connaît que deux prétérismes, « modéré » et « radical » (p. 25). Il juge que le traitement de la résurrection finale est le défaut fatal du prétérisme complet (p. 159 et 203, cité par Mayhue). Il appuie sur 1 Co 15 et 1 Th 4:13-18 un retour et une résurrection futurs et visibles. Il reproche à Russell son manque de cohérence (Quinn ; voir 1 Corinthiens 15, 1 Thessaloniciens 4.13-18, Prétérisme complet). Son tableau 7.2 (p. 170) distingue la naissance du Christ, sa venue en 70 et une venue future. Mayhue y voit trois avènements.
L’Antéchrist (ch. 8). Sproul reste réservé et résume surtout d’autres auteurs. Il semble faire de l’Antéchrist de 1 Jn 4 et de l’homme impie de 2 Th 2 des contemporains de Paul et de Jean. La Bête d’Ap 13 serait Néron, par le chiffre (Quinn).
Le millénium (ch. 9). Sproul présente l’amillénarisme, les deux prémillénarismes et le postmillénarisme. Il écrit qu’une forme de prétérisme peut s’accorder avec chacun (p. 201). Selon Quinn, il le juge surtout cohérent avec le postmillénarisme et, suivant Gentry, distingue un postmillénarisme « piétiste » et un « théonomique ». Trube (2016) écrit au contraire qu’il ne donne pas sa propre position dans ce livre.
Réception
- Rick Quinn, recension, Kerux 14/2 (septembre 1999), lue en entier. Quinn, qui écrit dans une revue de théologie biblique se réclamant de Geerhardus Vos, juge le livre trop long pour son contenu : moins de 100 pages auraient suffi. Le livre lui semble fait de citations de commentaires choisis dans un cercle étroit. Russell y est nommé 131 fois en 131 pages, puis Gentry 70 fois dans les 70 suivantes. Sur le fond, il reproche à Sproul de rejeter la « perspective prophétique » de l’herméneutique réformée, selon laquelle le prophète voit en un seul événement ce que le Nouveau Testament sépare en deux. Sproul refuse l’idée que Jésus réponde à une question fondée sur une fausse hypothèse des disciples. Pour Quinn, il emprunte ainsi la méthode historico-critique qu’il voulait combattre, celle-là même que Schweitzer opposait aux apologistes. Il conclut qu’il aurait préféré que le livre ne paraisse pas.
- Richard L. Mayhue, « Jesus: A Preterist or a Futurist? », The Master’s Seminary Journal 14/1 (2003), p. 9-22, lu en entier ; c’est une communication à l’Evangelical Theological Society (Danvers, 17 novembre 1999). Mayhue examine les quatre repères de Sproul : la date de l’Apocalypse et les trois textes de Matthieu. Ces textes ont, selon lui, de meilleures lectures, avant comme après 70. La date tardive de l’Apocalypse l’emporte, ce qui suffirait à ruiner le prétérisme postmillénariste. Il note que la New Geneva Study Bible, dont Sproul était l’éditeur général, donne 95 comme date majoritaire. Il trouve le livre riche en affirmations et pauvre en exégèse, sans discussion de Mt 10:23. Il rappelle que Pierre répondait aux moqueurs par la patience, et non par l’an 70 (2 P 3:3-9) : défendre l’Écriture contre les sceptiques ne valide pas un système. Jésus était pour lui « futuriste ».
- Michael D. Stallard, « A Review of R. C. Sproul’s The Last Days According to Jesus: An Analysis of Moderate Preterism », Conservative Theological Journal 6 (2002), p. 55-71 et 184-202 (début lu). Il juge le livre bien écrit et accessible, mais théologiquement insuffisant. Il conteste la définition du prétérisme par un royaume présent, puisque bien des non-prétéristes la partagent. Il approuve en revanche le rejet du prétérisme « radical » et le chapitre qui pose la question de son hérésie.
- Robert P. Lightner, Bibliotheca Sacra 155 (1999), p. 242-243 : recension citée par Mayhue, non lue.
- Meredith G. Kline : Mayhue cite une recension de Kline dans Kerux 14 (1999), p. 52-70. La recension de Kerux 14/2 consultée est signée Rick Quinn, et non Kline (voir « À vérifier »).
- Bob Trube (blogue Bob on Books, 12 janvier 2016, sur la réédition de 2015) trouve les chapitres sur Mt 24 les meilleurs. Les épîtres et l’Apocalypse lui semblent traitées vite, sans débat avec les tenants de la date tardive, et la place faite à Russell lui paraît étrange. Il recommande pourtant le livre.
- Influence : avec Gentry et Gary DeMar, Sproul est l’un des noms qui ont fait entrer le prétérisme partiel dans le monde réformé (voir Prétérisme partiel). Les prétéristes complets lui reprochent de s’arrêter en chemin (point à documenter, voir R. C. Sproul). Les futuristes en ont fait une cible : Mayhue, Stallard, Thomas Ice.
Ce qu’on en sait et comment
Le livre n’a pas été lu : la notice d’Internet Archive (table des matières de 2015) a été vue, mais le texte est en prêt contrôlé. Il est connu par trois comptes rendus lus en entier ou en grande partie, qui citent ses pages : Quinn (Kerux, 1999), Mayhue (TMSJ, 2003) et Trube (2016). Stallard (2002) n’a été lu qu’en partie. D’où lu: comptes rendus. Les pages indiquées sont celles de l’édition de 1998 citée par ces auteurs. Les versets sont dans la Louis Segond 1910, non dans la version de Sproul.
À vérifier
- L’auteur de la recension de Kerux (1999). Mayhue l’attribue à Meredith G. Kline (Kerux 14, 1999, p. 52-70). La recension en ligne de Kerux 14/2 est signée Rick Quinn. Mayhue s’est-il trompé, ou existe-t-il une autre recension ? Contrôler le numéro imprimé.
- Le titre exact de l’introduction (l’idée d’une « éclipse » de l’eschatologie par la critique y est-elle formulée ainsi ?).
- La position de Sproul sur le millénium : « cohérent surtout avec le postmillénarisme » (Quinn) ou sans prise de position (Trube).
- Les différences entre les éditions de 1998 et de 2015.
- Ce que Sproul écrit précisément sur 1 Th 4, Ac 1:11 et Mt 24:36 et suivants.
- La recension de Lightner (BSac, 1999).
Voir aussi
- R. C. Sproul · J. Stuart Russell · Kenneth L. Gentry · Gary DeMar · Keith A. Mathison · Thomas Ice
- Prétérisme partiel · Prétérisme complet · Matthieu 24.34 · Matthieu 16.27-28 · 1 Corinthiens 15 · 1 Thessaloniciens 4.13-18 · Date de l’Apocalypse · Destruction de Jérusalem (70)
- Ouvrages liés : The Parousia · Before Jerusalem Fell · Last Days Madness · When Shall These Things Be · The Great Tribulation - Past or Future
Sources
- Internet Archive, The Last Days According to Jesus (Baker, 2015, 269 p., table des matières) : https://archive.org/details/lastdaysaccordin0000spro
- R. Quinn, recension de The Last Days According to Jesus, Kerux 14/2 (septembre 1999) : https://kerux.com/doc/1402R1.html ; sommaire du numéro : https://kerux.com/issue/41.html
- R. L. Mayhue, « Jesus: A Preterist or a Futurist? », TMSJ 14/1 (2003), p. 9-22 : https://tyndale.tms.edu/wp-content/uploads/2021/09/tmsj14a.pdf
- M. D. Stallard, « A Review of R. C. Sproul’s The Last Days According to Jesus », CTJ 6:17 (mars 2002) : https://www.galaxie.com/article/ctj06-17-04 ; partie 2 : https://www.galaxie.com/article/ctj06-18-04
- B. Trube, recension, Bob on Books, 12 janvier 2016 : https://bobonbooks.com/tag/futurism/
- Logos, The Last Days According to Jesus : https://www.logos.com/resource/LLS$LSTDYSCCRDNGJSS
- Ligonier, série « The Last Days According to Jesus » : https://learn.ligonier.org/series/last-days-according-to-jesus
- Fiches de ce recueil : R. C. Sproul, Matthieu 24.34, Matthieu 16.27-28.