Ressources · Débats et objections

Israël, 1948 et la théologie du remplacement

Les dispensationalistes distinguent Israël national de l'Église et lisent souvent 1948 comme un signe (Lindsey et le figuier) ; ils accusent les prétéristes de « théologie du remplacement », accusation liée à l'histoire de l'antisémitisme (Lindsey 1989, Ice, Vlach, Brown). Les prétéristes répondent par l'accomplissement en Christ et en l'« Israël de Dieu » (DeMar, Gentry, Hanegraaff, Preston) et retournent l'accusation. Ils se divisent sur Rm 11:26 : conversion future des Juifs (Gentry, postmillénaristes) ou salut du reste accompli en 70 (Preston).

La question

Pour le prétérisme, la chute de Jérusalem en 70 clôt l’ancienne alliance : le Temple, le sacerdoce et le culte disparaissent, et le peuple de Dieu est désormais l’assemblée des croyants, juifs et païens (voir Destruction de Jérusalem (70) et Prétérisme partiel). Le dispensationalisme, au contraire, tient qu’Israël national et l’Église sont deux peuples distincts dans le plan de Dieu, et que les promesses faites à Israël (terre, royaume, Temple) attendent un accomplissement futur et littéral. De là deux débats liés :

  1. 1948 : la fondation de l’État d’Israël est-elle l’accomplissement d’une prophétie et le signe que la fin est proche ?
  2. Le « remplacement » : en disant que l’Église est l’Israël de Dieu, le prétérisme enseigne-t-il que l’Église a « remplacé » Israël (ce qu’on appelle aussi supersessionisme), doctrine que ses adversaires relient à l’histoire de l’antisémitisme chrétien ?

Le débat compte pour le prétérisme parce que c’est l’objection morale la plus fréquente qu’on lui adresse dans le monde évangélique, et parce qu’il divise les prétéristes eux-mêmes sur Romains 11 : la conversion de « tout Israël » est-elle encore à venir, ou accomplie au premier siècle ?

Les textes en cause

La parabole du figuier (Mt 24:32-34, Louis Segond 1910) :

32 Instruisez-vous par une comparaison tirée du figuier. Dès que ses branches deviennent tendres, et que les feuilles poussent, vous connaissez que l’été est proche. 33 De même, quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte. 34 Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n’arrive.

Le sens de « cette génération » est traité dans Matthieu 24.34 ; ici, seule compte la lecture du figuier comme image d’Israël.

La postérité d’Abraham (Ga 3:16, 28-29) :

16 Or les promesses ont été faites à Abraham et à sa postérité. Il n’est pas dit : et aux postérités, comme s’il s’agissait de plusieurs, mais en tant qu’il s’agit d’une seule : et à ta postérité, c’est-à-dire, à Christ.

28 Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. 29 Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesse.

L’« Israël de Dieu » (Ga 6:15-16) :

15 Car ce n’est rien que d’être circoncis ou incirconcis ; ce qui est quelque chose, c’est d’être une nouvelle créature. 16 Paix et miséricorde sur tous ceux qui suivront cette règle, et sur l’Israël de Dieu !

Le vrai Juif (Rm 2:28-29) :

28 Le Juif, ce n’est pas celui qui en a les dehors ; et la circoncision, ce n’est pas celle qui est visible dans la chair. 29 Mais le Juif, c’est celui qui l’est intérieurement ; et la circoncision, c’est celle du cœur, selon l’esprit et non selon la lettre. La louange de ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu.

Israël selon la promesse (Rm 9:6-8) :

6 Ce n’est point à dire que la parole de Dieu soit restée sans effet. Car tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël, 7 et, pour être la postérité d’Abraham, ils ne sont pas tous ses enfants ; mais il est dit : En Isaac sera nommée pour toi une postérité, 8 c’est-à-dire que ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, mais que ce sont les enfants de la promesse qui sont regardés comme la postérité.

« Tout Israël sera sauvé » (Rm 11:15, 25-29) :

15 Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon une vie d’entre les morts ?

25 Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne vous regardiez point comme sages, c’est qu’une partie d’Israël est tombée dans l’endurcissement, jusqu’à ce que la totalité des païens soit entrée. 26 Et ainsi tout Israël sera sauvé, selon qu’il est écrit : Le libérateur viendra de Sion, Et il détournera de Jacob les impiétés ; 27 Et ce sera mon alliance avec eux, Lorsque j’ôterai leurs péchés. 28 En ce qui concerne l’Évangile, ils sont ennemis à cause de vous ; mais en ce qui concerne l’élection, ils sont aimés à cause de leurs pères. 29 Car Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel.

Un seul homme nouveau (Ep 2:12-16) :

12 souvenez-vous que vous étiez en ce temps-là sans Christ, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde. 13 Mais maintenant, en Jésus-Christ, vous qui étiez jadis éloignés, vous avez été rapprochés par le sang de Christ. 14 Car il est notre paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, et qui a renversé le mur de séparation, l’inimitié, 15 ayant anéanti par sa chair la loi des ordonnances dans ses prescriptions, afin de créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau, en établissant la paix, 16 et de les réconcilier, l’un et l’autre en un seul corps, avec Dieu par la croix, en détruisant par elle l’inimitié.

L’ancienne alliance « près de disparaître » (Hé 8:13) :

13 En disant : une alliance nouvelle, il a déclaré la première ancienne ; or, ce qui est ancien, ce qui a vieilli, est près de disparaître.

L’Apocalypse (traduction de Pierre Savignac) : le rouleau scellé (Ap 5:1), que Gentry lit comme un acte de divorce, et la nouvelle Jérusalem, épouse de l’Agneau, qui porte à la fois les noms des tribus et ceux des apôtres (Ap 21:2, 12-14) :

¹ Et je vis, sur la main droite de celui qui est assis sur le trône, un rouleau écrit au-dedans et au dos, scellé de sept sceaux. (Ap 5:1)

² Et la cité sainte, la nouvelle Jérusalem, je la vis descendant du ciel d’auprès de Dieu, préparée comme une épouse parée pour son mari. (Ap 21:2)

¹² ayant une muraille grande et haute, ayant douze portes, et aux portes douze anges, et des noms inscrits, qui sont ceux des douze tribus des fils d’Israël ; […] ¹⁴ et la muraille de la cité ayant douze fondements, et sur eux douze noms des douze apôtres de l’Agneau. (Ap 21:12, 14)

Les positions

Le dispensationalisme : deux peuples, et 1948 comme signe

  • Ce qu’il soutient. Dieu poursuit deux programmes : l’un pour Israël, peuple national et terrestre, l’autre pour l’Église. Les promesses de l’Ancien Testament à Israël (terre, royaume davidique, Temple) seront accomplies à la lettre, après l’enlèvement de l’Église, pendant la tribulation et le millénium.
  • John F. Walvoord, dans son article « Eschatological Problems IX: Israel’s Restoration » (série parue dans Bibliotheca Sacra dans les années 1940, reprise sur walvoord.com), lit « tout Israël » en Rm 11:26 comme la nation juive, non comme l’ensemble des croyants : une délivrance collective, unique et future, après l’entrée de la totalité des païens, rattachée à la nouvelle alliance de Jérémie 31. Il pose comme centrale la séparation des desseins de Dieu pour l’Église et pour Israël.
  • Hal Lindsey, The Late Great Planet Earth (Zondervan, 1970 ; plus de 28 millions d’exemplaires selon Wikipédia), lit le figuier de Mt 24:32 comme la renaissance d’Israël le 14 mai 1948, et « cette génération » comme celle qui verrait ce signe ; une génération biblique faisant selon lui une quarantaine d’années, il écrit que les événements de la fin pourraient survenir dans les quarante ans, ce que beaucoup de lecteurs ont compris comme 1988. Il emploie « pourrait », non « va » (Christian Post). Dans The 1980s: Countdown to Armageddon (1980), il dit que les années 1980 pourraient être la dernière décennie de l’histoire (Wikipédia). Le détail de cette lecture et la note de Scofield sur genea (« race ») sont dans Matthieu 24.34.
  • Thomas Ice (Thomas Ice) définit la théologie du remplacement comme la thèse que l’Église est le nouvel ou le vrai Israël, qui a remplacé Israël de façon permanente comme peuple de Dieu ; il note que les universitaires disent plutôt « supersessionisme » (« What is Replacement Theology? », 2009). Il range expressément les prétéristes partiels postmillénaristes dans cette catégorie : il présente Gary DeMar comme « prétériste partiel », postmillénariste et « théologien du remplacement », pour qui Israël n’aurait pas d’avenir national (pre-trib.org). Il a publié The Case for Zionism (2017).
  • Michael J. Vlach, Has the Church Replaced Israel? A Theological Evaluation (B&H Academic, 2010), tiré de sa thèse : il définit le supersessionisme comme la doctrine selon laquelle l’Église supplante la nation d’Israël dans le plan de Dieu révélé dans l’Ancien Testament, en retrace l’histoire et l’herméneutique, et plaide pour la position non supersessionniste. Ice s’appuie sur lui. Le livre vise le supersessionisme en général, pas spécialement le prétérisme (voir « À vérifier »).
  • Meilleur argument : Rm 11:28-29 dit d’Israël incrédule qu’« ils sont aimés à cause de leurs pères » et que « Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel » ; si les promesses passent à l’Église, Dieu semble revenir sur sa parole.

Le prémillénarisme historique : un avenir pour le peuple juif, sans dispensationalisme

  • Michael L. Brown, docteur de New York University (1985), juif de naissance et partisan du judaïsme messianique (Wikipédia), n’est pas dispensationaliste : il se dit prémillénariste « historique » (présentation de The Line of Fire). Il soutient que le remplacement est une réalité vieille de près de 1 900 ans, illustrée selon lui par Justin, Augustin et Luther (1543), et que Rm 11 interdit aux croyants païens tout orgueil envers le peuple juif (Christian Post, 9 avril 2024). Il a écrit Our Hands Are Stained with Blood (1992) sur l’histoire de l’Église et des Juifs. Il a débattu de ces questions avec DeMar, Preston et Gregg (voir plus bas et Les grands débats publics).
  • Sa présence montre que l’accusation de « remplacement » n’est pas propre au dispensationalisme, et qu’elle est portée aussi depuis le judaïsme messianique.

Le prétérisme partiel postmillénariste : accomplissement, divorce, puis conversion future

  • L’Église, Israël de la nouvelle alliance. Pour Gentry, DeMar et Mathison, 70 marque la fin du culte de l’ancienne alliance ; le peuple de Dieu est désormais l’assemblée des Juifs et des païens en Christ (fiche Prétérisme partiel).
  • Kenneth L. Gentry (Kenneth L. Gentry) assume le mot « supersession » : en 1993, dans « Supersessional Orthodoxy; Zionistic Sadism » (Dispensationalism in Transition, vol. VI, n° 2, février 1993, p. 1, cité par Ice), il écrit que l’Église internationale a supplanté « pour tous les temps » Israël national comme institution de la bénédiction divine (« the international Church has superseded for all times national Israel »). Son commentaire The Divorce of Israel: A Redemptive-Historical Interpretation of Revelation (Tolle Lege Press et Chalcedon, 2024, 2 vol.) lit l’Apocalypse comme un drame judiciaire : le rouleau aux sept sceaux (Ap 5:1) est l’acte de divorce de Dieu contre son épouse infidèle de l’ancienne alliance, afin de prendre une nouvelle épouse, l’Église (Ap 21-22) ; l’« Israël de Dieu » de la nouvelle alliance comprend Juifs et païens (Chalcedon).
  • Mais une conversion future des Juifs. Gentry lit Rm 11 comme une promesse : la « totalité » (plērōma) d’Israël doit répondre à sa chute presque totale, et « tout Israël sera sauvé » annonce une conversion du monde qui finira par inclure Israël ethnique ; le « maintenant » du salut juif a commencé au premier siècle, son plein accomplissement est futur, et la « vie d’entre les morts » (Rm 11:15) désigne le salut, non la résurrection (« Postmillennial Paul », 21 avril 2020). Il répond ainsi à deux objections amillénaristes (le « mystère » et le sens de « et ainsi »).
  • La tradition réformée. Cette attente s’inscrit dans une lignée que retrace Iain Murray, The Puritan Hope (Banner of Truth, 1971) : Bucer, Pierre Martyr et Bèze, puis beaucoup de puritains anglais depuis le début du XVIIe siècle, ont lu Rm 11 comme annonçant un retour important des Juifs au Christ, sans dire que tous les Juifs seraient sauvés (Banner of Truth ; Monergism). John Murray, dans son commentaire sur Romains (NICNT, Eerdmans ; vol. 2 sur Rm 9-16), lit lui aussi une conversion massive d’Israël ethnique, au motif que Paul n’emploierait pas « Israël » en deux sens dans le même contexte (d’après des sources secondaires ; voir « À vérifier »).
  • Ben C. Dunson (American Reformer, repris par The Aquila Report le 22 janvier 2024), réformé qui juge le prétérisme partiel compatible avec l’orthodoxie et rejette le prétérisme complet, attend une large conversion des Juifs près du retour du Christ et écrit que rien en Romains 9-11 ne place cet accomplissement en 70 ; il s’appuie surtout sur Rm 11:11-16 et sur l’élection d’un reste à l’intérieur de l’élection d’Israël (Rm 9:7-29).
  • Gary DeMar (Gary DeMar) nie que le « remplacement » soit une catégorie juste : l’Église primitive était d’abord exclusivement juive, donc « l’Église » n’a pas pu remplacer Israël ; le mot ekklēsia veut dire « assemblée » ; la distinction moderne entre Israël et l’Église serait contraire à toute la Bible. Son article du 4 avril 2024 parle d’un « canular » (« The Replacement Theology Hoax is theological desperation », cité par Brown).
  • Hank Hanegraaff (Hank Hanegraaff), The Apocalypse Code (2007), refuse lui aussi l’étiquette : Dieu n’a jamais eu qu’un seul peuple élu, figuré par un seul olivier ; la vraie Église est le vrai Israël ; l’élection ne vient pas de la descendance d’Abraham mais du lien avec le Christ (lettre du 12 juin 2009 sur equip.org).

Le prétérisme complet : tout est accompli, Rm 11 compris

  • Don K. Preston (Don K. Preston) parle de « théologie de l’accomplissement » (fulfillment theology), non de remplacement : toutes les promesses de l’Ancien Testament à Israël ont été accomplies en Christ et en 70. Il l’a développé dans une série de plus de vingt articles, « Replacement Theology Versus Fulfillment Theology » (donkpreston.com, 2015). Ses arguments : les auteurs du Nouveau Testament, juifs presque tous, disent que leur espérance n’est rien d’autre que « l’espérance d’Israël » tirée de Moïse et des prophètes ; ils se disent dans le temps annoncé par les prophètes ; le reste d’Israël entrait déjà, du temps de Paul, dans cette espérance, et Paul, citant Ésaïe 10, dit que « le Seigneur exécutera pleinement et promptement sur la terre ce qu’il a résolu » (Rm 9:28, Segond 1910 ; Preston cite une version anglaise qui parle d’une œuvre « abrégée »), ce qui limiterait dans le temps l’accomplissement de Rm 11:25-27.
  • Rm 11:25-27 accompli en 70. Dans l’annonce de son débat avec Himie Pickett (2017), Preston dit défendre que ce passage s’est accompli en 70, dans la venue du Christ en jugement sur le monde de l’ancienne alliance, avec le salut du reste fidèle.
  • 1948. Son petit livre Israel 1948: Countdown to No Where (JaDon Productions, 2011, environ 72 pages) conteste que 1948 soit un signe de la fin ; il reproche aux dispensationalistes de soutenir que Dieu aurait promis de rétablir Israël alors qu’il serait encore dans l’incrédulité (présentation de l’éditeur, reprise par un libraire).
  • Michael J. Sullivan (Michael J. Sullivan) partage la lecture prétériste complète de l’accomplissement ; un texte de lui sur Rm 11 n’a pas été trouvé (voir « À vérifier »).
  • Une lecture prétériste de Rm 9-11 existe aussi hors du prétérisme complet : James B. Jordan (essai de 1991, connu ici par un sermon de Charles H. Roberts du 11 février 2024) lit le souci de Paul comme celui de sa propre génération avant 70, « tout Israël » comme le reste élu des Juifs et des païens dans le royaume du Christ, et cite les conversions juives massives des Actes.

Réponses et contre-réponses

Sur 1948 et le figuier

  • Objection prétériste : le figuier de Mt 24:32 n’est pas présenté comme Israël ; c’est une comparaison de saison (les feuilles annoncent l’été), et le v. 34 rattache « toutes ces choses » à la génération des auditeurs. Le calcul de Lindsey (1948 + 40) a été démenti par les faits ; DeMar l’a beaucoup cité contre le dispensationalisme (Matthieu 24.34).
  • Réponse futuriste : le figuier sert ailleurs d’image d’Israël (Ice et d’autres ; la question exégétique est dans Matthieu 24.34) ; Lindsey n’a pas fixé de date, il a écrit « pourrait ». Ice note que la plupart des évangéliques occidentaux ont vu 1948 de façon positive, voire comme un accomplissement possible, mais que cette lecture recule chez les plus jeunes (The Christian Worldview).
  • Objection de Preston : un rétablissement d’Israël dans l’incrédulité ne correspond pas aux prophéties de retour, qui le lient à la repentance (Israel 1948).

Sur le mot « remplacement »

  • Accusation (Ice, Vlach, Brown) : identifier l’Église au vrai Israël, c’est dire que l’Église a pris pour toujours la place d’Israël, ce qui ôte au peuple juif tout avenir dans les alliances.
  • Réponse 1 : accomplissement, non remplacement (DeMar, Hanegraaff, Preston) : il n’y a jamais eu qu’un peuple et un olivier (Rm 11:17-24) ; le Christ est la « postérité » unique de la promesse (Ga 3:16) ; ceux qui sont à Christ sont « la postérité d’Abraham » (Ga 3:29) ; le vrai Juif l’est « intérieurement » (Rm 2:29) ; « tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël » (Rm 9:6) ; les deux deviennent « un seul homme nouveau » (Ep 2:15). L’Église primitive était juive : c’est Israël fidèle qui a reçu les païens.
  • Réponse 2 : le dispensationalisme remplace, lui aussi (Preston, « Replacement Theology: A Key Myth of Dispensationalism », 29 juillet 2015) : selon Ice lui-même, l’Église a supplanté Israël pendant l’âge présent, et Dieu rétablira ensuite Israël national ; Ice écrit qu’il pourrait presque accepter la définition de Gentry sans les mots « pour tous les temps » (Pre-Trib Perspectives, vol. VII, n° 3, août 2002, cité par Preston ; Ice dans « The Israel of God »). Preston cite aussi Dwight Pentecost (Things to Come, éd. 1980, p. 508, 519, 528) : au millénium, la distinction entre Israël et les païens reprendra. Pour Preston, c’est l’Église, corps du Christ, qui serait alors remplacée par l’Israël de l’ancienne alliance.
  • Contre-réponse (Brown) : nier le mot ne fait pas disparaître la chose ; dans son débat de 2015 avec DeMar, celui-ci aurait tenu la dispersion d’Israël pour physique et son rassemblement pour spirituel, ce qui serait bien une forme de remplacement (Christian Post, 9 avril 2024). Brown répond aussi à DeMar dans « Dr. Gary DeMar Brands You a ‘Prophetic Houdini’ If You Take God at His Word » (The Line of Fire).
  • Gentry à part : il ne nie pas le mot ; il le revendique au sens d’une supersession institutionnelle (1993), tout en attendant une conversion massive des Juifs. Sa position est donc à la fois « supersessionniste » et « restaurationniste » au sens spirituel, ce qui la distingue de celle de Preston.

Sur Ga 6:16

  • Lecture prétériste et réformée : « l’Israël de Dieu » désigne l’ensemble de ceux qui suivent la règle de la nouvelle création, Juifs et païens (Gentry, selon Ice).
  • Réponse d’Ice (« The Israel of God », pre-trib.org, page du 18 juillet 2018) : le kai (« et ») distingue deux groupes, les croyants en général et « l’Israël de Dieu », c’est-à-dire les Juifs croyants ; il s’appuie sur S. Lewis Johnson (Essays in Honor of J. Dwight Pentecost, Moody, 1986, p. 187-189), E. D. Burton (Galatians, 1920, p. 358), Arnold Fruchtenbaum (Hebrew Christianity, 1974, p. 33), Randall Price et C. E. B. Cranfield, et soutient que le Nouveau Testament n’emploie jamais « Israël » pour l’Église.

Sur Rm 11:25-29 : la fracture entre prétéristes

  • Postmillénaristes partiels (Gentry, la tradition de The Puritan Hope, Dunson) : la chute, l’entrée des païens, puis le retour d’Israël forment une suite ; Rm 11:28-29 parle d’Israël incrédule, donc d’Israël ethnique, encore aimé ; rien ne fixe 70 comme terme. Ils rejoignent sur ce point Walvoord et Brown (un avenir pour le peuple juif), mais sans royaume terrestre séparé ni Temple rebâti.
  • Prétéristes complets (Preston) : la venue du « libérateur de Sion » et l’alliance qui « ôte leurs péchés » (Rm 11:26-27) sont la parousie et l’accomplissement de la nouvelle alliance en 70 ; le salut de « tout Israël » est celui du reste, qui était en cours du temps de Paul ; le Seigneur devait l’exécuter « pleinement et promptement » (Rm 9:28).
  • Objection à Preston (Dunson) : Rm 11:11-16 et 11:28 parlent de l’Israël endurci, non du reste déjà croyant ; une conversion d’Israël incrédule ne peut être réduite au reste de l’époque apostolique.
  • Réplique prétériste complète : Preston cite Ésaïe 10 (Rm 9:27-28) pour limiter le temps, et soutient que Brown n’a pas répondu, lors de leur débat de 2015, à l’argument selon lequel les apôtres donnent l’interprétation définitive des prophéties (1 P 1:10-12) (« Replacement Theology Versus Fulfillment Theology #22 », 23 novembre 2015, version de Preston).

L’accusation d’antisémitisme

  • L’accusation. Hal Lindsey, The Road to Holocaust (Bantam, 1989, viii-295 p.), soutient que la théologie du Dominion (reconstructionnisme, souvent postmillénariste et prétériste) réintroduit une vieille erreur, la théologie du remplacement, qui aurait historiquement fondé l’antisémitisme (catalogue de l’USHMM ; Ice). Thomas Ice, dans « Hal Lindsey, Dominion Theology, and Anti-Semitism » (pre-trib.org, page du 20 juin 2018), approuve Lindsey, range Chilton, Ray Sutton et Rushdoony parmi les tenants du remplacement, juge antisémites certains écrits de James Jordan (théorie khazare, antisionisme), et appelle les tenants du remplacement à se repentir. Dans « What is Replacement Theology? » (2009), il relie cette doctrine à l’antisémitisme médiéval, aux pogroms, à la Shoah et à l’hostilité contre l’État d’Israël. Brown relie le remplacement à la mort de nombreux Juifs dans l’histoire et à la souffrance du peuple juif (Christian Post, 2024 ; voir aussi son article « Is There a Relationship Between Replacement Theology and Anti-Semitism? », The Line of Fire, 2 janvier 2014).
  • Les réponses.
    • Gary DeMar et Peter Leithart, The Legacy of Hatred Continues (juillet 1989), réponse à Lindsey : le livre serait plein d’inexactitudes, et la question des Juifs relèverait de l’éthique, non de l’eschatologie (selon le résumé qu’en fait Ice ; Ice conteste ces deux points).
    • Kenneth L. Gentry, « Is Preterism Anti-Semitic? » (série sur Postmillennial Worldview, à partir du 11 janvier 2022) : l’accusation est morale et grave ; elle vient selon lui de l’effet de la Shoah sur les esprits et du relativisme ; si dénoncer la Jérusalem infidèle était antisémite, les Évangiles et les Actes le seraient aussi, ce que soutiennent justement des auteurs comme Crossan, Ruether ou Flusser ; un évangélique qui reprend l’accusation se condamne donc lui-même. Il ajoute que la vraie cible de l’accusation est la prétention exclusive du christianisme.
    • Hanegraaff (2009) : il reconnaît le droit à l’existence de l’État d’Israël, mais rejette un État réservé à une ethnie, la reconstruction du Temple et toute expulsion des Palestiniens, qu’il appelle ses frères chrétiens.
    • Preston (2015) : l’accusation d’antisémitisme est l’un des « arguments » favoris du dispensationalisme contre toute eschatologie non millénariste ; c’est le dispensationalisme qui redivise l’humanité.
  • Ce que la fiche ne tranche pas : un lien historique entre l’enseignement chrétien du remplacement et l’antijudaïsme est soutenu par Brown et contesté dans sa portée par Gentry ; savoir si le prétérisme comme lecture de l’histoire implique une attitude envers les Juifs d’aujourd’hui est une question que les sources posent sans la régler.

Les Juifs messianiques

  • Documenté : Michael Brown, Juif messianique, est l’un des principaux contradicteurs des prétéristes sur Israël (DeMar 2015, Preston 2015, Gregg vers 2023-2024). Ice s’appuie sur Arnold Fruchtenbaum (Hebrew Christianity, 1974) pour lire Ga 6:16 comme les Juifs croyants.
  • Non trouvé : un auteur juif messianique qui défende le prétérisme. Le nom d’Aizek BenIsrael pourrait suggérer un milieu israélite ou messianique, mais sa fiche dit que rien ne le documente.

Ce qui est établi et ce qui reste ouvert

Établi par les sources :

  • La lecture de 1948 comme signe à partir du figuier est surtout celle du dispensationalisme populaire (Lindsey, 1970) ; elle n’est pas un enseignement du texte de Mt 24 au sens où tous les futuristes la tiendraient.
  • Le mot « remplacement » est refusé par la plupart des prétéristes (DeMar, Hanegraaff, Preston), mais revendiqué au sens de « supersession » par Gentry (1993). Ice, de son côté, admet une supersession pendant l’âge présent.
  • Les prétéristes ne sont pas unanimes sur Rm 11 : Gentry et les postmillénaristes attendent une conversion future d’Israël ethnique ; Preston la tient pour accomplie en 70 ; Jordan, partiel, a lui aussi lu Rm 9-11 à l’échelle du premier siècle.
  • L’accusation d’antisémitisme a été portée publiquement contre le reconstructionnisme et le prétérisme (Lindsey 1989, Ice) et a reçu des réponses écrites (DeMar et Leithart 1989, Gentry 2022).

Ouvert :

  • Le sens de « tout Israël » (Rm 11:26) : nation juive, reste élu, ou ensemble des croyants. C’est un débat ancien de l’exégèse (Calvin et les réformés eux-mêmes sont divisés) que les sources ne tranchent pas.
  • Le sens de « l’Israël de Dieu » (Ga 6:16) : la grammaire du kai est discutée de part et d’autre.
  • La portée prophétique de 1948 relève de l’interprétation : les sources établissent l’événement, non sa signification.
  • La distinction entre « remplacement » et « accomplissement » : pour les uns, c’est une différence réelle (un seul peuple, en continuité) ; pour les autres, une différence de mots.

À vérifier

  • Les pages exactes de Lindsey sur le figuier et sur les quarante ans dans The Late Great Planet Earth (déjà signalé dans Matthieu 24.34).
  • Si Vlach (2010) discute expressément le prétérisme, et l’année de sa thèse (2008 ou 2009 selon les notices).
  • Le texte de John Murray sur Rm 11:26 (NICNT, vol. 2, Eerdmans), connu ici par des sources secondaires.
  • Le titre exact et la publication de l’essai de James B. Jordan de 1991 sur Romains 9-11.
  • Un texte de Michael J. Sullivan, et de Max R. King, sur Rm 11:25-27 ; et le rapprochement de Rm 11:15 dans la lecture du corps collectif (CBV), déjà signalé dans 1 Corinthiens 15.
  • Le contenu de The Legacy of Hatred Continues (DeMar et Leithart, 1989), connu ici par le résumé critique d’Ice.
  • La date et le contenu exacts du débat Brown-Gregg sur Israël, et si les deux pages de The Line of Fire (« on Romans 11 » et « Debate Israel ») désignent un seul débat Brown-Preston ou deux.
  • Si le débat Preston-Pickett sur Rm 11:25-27 (annoncé pour le 10 mai 2017) a bien eu lieu.
  • La position d’Ice sur Mt 24:32 (le figuier comme Israël) d’après un texte précis.
  • Un auteur juif messianique prétériste.

Voir aussi

Sources