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Daniel 9:24-27

Prophétie des 490 ans de Daniel 9. Les prétéristes et la lecture classique les tiennent pour continus et accomplis entre le ministère du Christ et l'an 70 ; les dispensationalistes placent une coupure entre la 69e et la 70e semaine et renvoient la dernière semaine à un Antichrist futur ; la critique historique y lit la crise d'Antiochus IV (IIe siècle av. J.-C.).

Le texte

²⁴ Soixante-dix semaines ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour faire cesser les transgressions et mettre fin aux péchés, pour expier l’iniquité et amener la justice éternelle, pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le Saint des saints. ²⁵ Sache-le donc, et comprends! Depuis le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie jusqu’à l’Oint, au Conducteur, il y a sept semaines ; dans soixante-deux semaines, les places et les fossés seront rétablis, mais en des temps fâcheux. ²⁶ Après les soixante-deux semaines, un Oint sera retranché, et il n’aura pas de successeur. Le peuple d’un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire, et sa fin arrivera comme par une inondation; il est arrêté que les dévastations dureront jusqu’au terme de la guerre. ²⁷ Il fera une solide alliance avec plusieurs pour une semaine, et durant la moitié de la semaine il fera cesser le sacrifice et l’offrande; le dévastateur commettra les choses les plus abominables, jusqu’à ce que la ruine et ce qui a été résolu fondent sur le dévastateur.

Louis Segond 1910, texte contrôlé sur Wikisource (transcription de l’édition de 1910) et sur eBible.

Attention à la ponctuation du v. 25. L’édition de 1910 sépare les deux périodes : « sept semaines ; dans soixante-deux semaines ». Plusieurs textes en ligne de la « LSG » (BibleGateway, info-bible.org) les joignent : « sept semaines et soixante-deux semaines ». Ce point compte dans le débat : la séparation suit l’accent massorétique (atnah) placé après « sept semaines », ce qui permet de voir un oint au bout de 49 ans ; la jonction, celle de la Septante de Théodotion, de la Vulgate et de la King James, compte 69 semaines jusqu’au Messie, lecture que suivent la plupart des prétéristes et des futuristes. Les lectures critiques (voir plus bas) s’appuient au contraire sur la séparation.

Les mots qui décident

  • « Semaines » (shavuʿim, pluriel de shavuaʿ) : BDB : « période de sept (jours, années), heptade, semaine » ; le pluriel masculin shavuʿim est une forme tardive que BDB ne relève que dans Daniel. Presque tous les interprètes y voient des septaines d’années (70 × 7 = 490 ans), en écho aux soixante-dix ans de Jérémie que Daniel vient de lire (Dn 9:2 : « je vis par les livres qu’il devait s’écouler soixante-dix ans pour les ruines de Jérusalem » ; Jr 25:11-12). Le débat porte sur la nature de ces années (solaires, ou « prophétiques » de 360 jours chez Anderson et Hoehner) et sur leur enchaînement.
  • « Ont été fixées » (nechtak) : verbe chatak, seule occurrence dans la Bible hébraïque ; Strong : « couper, d’où décréter ». Certains y voient l’idée d’une période « découpée » dans l’histoire ; le sens « décréter, fixer » est celui des lexiques.
  • « Sceller la vision et le prophète » (laḥtom ḥazon wenaviʾ) : chatam, « sceller, apposer un sceau » (BDB). Le même verbe revient deux fois au v. 24 : le texte écrit (ketiv) a aussi laḥtom devant « les péchés », que la lecture massorétique (qere) remplace par lehatem, « achever » (BDB, s.v. chatam) ; d’où « mettre fin aux péchés » dans la LSG. Sceller peut vouloir dire authentifier (un sceau confirme), clore (on scelle ce qui est achevé) ou tenir secret : Dn 12:4 « tiens secrètes ces paroles, et scelle le livre jusqu’au temps de la fin » ; Es 8:16 « Scelle cette révélation, parmi mes disciples ». Tout le débat de Preston sur l’accomplissement de « toute prophétie » repose sur ce verbe.
  • « Oindre le Saint des saints » (qodesh qodashim) : l’expression désigne ailleurs le lieu très saint ou les objets sacrés ; d’où la question : onction d’un sanctuaire (temple rebâti, temple futur) ou d’une personne (le Christ à son baptême).
  • « L’Oint, le Conducteur » (mashiaḥ nagid, v. 25) et « un chef qui viendra » (nagid habbaʾ, v. 26) : nagid est le « chef » placé devant le peuple (BDB : « leader, ruler, prince ») ; 1 S 9:16 : « tu l’oindras pour chef de mon peuple d’Israël ». Le même mot sert aux deux figures, ce qui nourrit la question de leur identité.
  • « Sera retranché » (yikkaret, de karat) : « couper, abattre » ; en parlant d’une personne, être retranché du peuple ou mis à mort. Gentry y lit une « mort violente », celle de la croix. La suite, weʾen lo, littéralement « et rien pour lui », est rendue par la LSG « il n’aura pas de successeur » ; d’autres versions comprennent « et il n’aura rien » ou « et non pour lui-même » (KJV). Ice rattache ce « rien » aux six buts du v. 24, encore non accomplis selon lui.
  • « Il fera une solide alliance » (higbir berit, v. 27) : gabar au hifil, « rendre fort, confirmer » (Strong : confirm, strengthen). Faire une alliance nouvelle ou confirmer une alliance déjà existante ? Gentry penche pour la confirmation (l’alliance de grâce, cf. Mt 26:28 « le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs ») ; Ice juge cette lecture étrangère au texte.
  • « Les choses les plus abominables… le dévastateur » (ʿal kenaf shiqqutsim meshomem) : littéralement « sur une aile d’abominations, un dévastateur ». Shiqquts est la « chose détestée », presque toujours une idole ou un culte idolâtre (BDB). La formule voisine revient en Dn 11:31 (« elles feront cesser le sacrifice perpétuel, et dresseront l’abomination du dévastateur ») et 12:11. Le grec de Mt 24:15 (to bdelygma tēs erēmōseōs, « l’abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel ») reprend la formule grecque de Daniel. Dans l’édition Rahlfs, la Septante ancienne porte bdelygma tōn erēmōseōn en 9:27, bdelygma erēmōseōs en 11:31 et to bdelygma tēs erēmōseōs en 12:11 ; Théodotion porte bdelygma tōn erēmōseōn en 9:27, bdelygma ēphanismenon en 11:31 et bdelygma erēmōseōs en 12:11. La forme de Mt 24:15 est donc exactement celle de Dn 12:11 dans la Septante ancienne ; Dn 9:27 a le pluriel « des dévastations ».

Contexte

  • Daniel 9:1-23 : la première année de Darius le Mède, Daniel lit Jérémie, confesse les péchés du peuple et demande le relèvement de Jérusalem. Gabriel vient lui répondre : « Sois attentif à la parole, et comprends la vision! » (Dn 9:23). Les 490 ans sont donc la réponse à une prière sur la fin de l’exil, sept fois les soixante-dix ans de Jérémie.
  • Les trois décrets possibles pour « la parole » du v. 25 :
    • Cyrus, première année (538 ou 537 av. J.-C.) : Esd 1:1-3 ; Es 44:28 « Il dira de Jérusalem: Qu’elle soit rebâtie! ».
    • Artaxerxès Ier, septième année (458 ou 457) : mission d’Esdras (Esd 7:7-8, 11-13).
    • Artaxerxès Ier, vingtième année (445 ou 444) : mission de Néhémie (Né 2:1-8, « envoie-moi en Juda… pour que je la rebâtisse »). Esd 6:14 rattache la reconstruction aux ordres « de Cyrus, de Darius, et d’Artaxerxès ».
  • Parallèles dans Daniel : Dn 7:25 et 12:7 (« un temps, des temps, et la moitié d’un temps »), Dn 8:13-14 et 11:31 (cessation du sacrifice, abomination), Dn 12:11.
  • Reprises dans le Nouveau Testament : Mt 24:15-16 (« lorsque vous verrez l’abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie en lieu saint, -que celui qui lit fasse attention! - alors, que ceux qui seront en Judée fuient dans les montagnes ») ; Mc 13:14 ; et, à la même place du discours, Lc 21:20 : « Lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées, sachez alors que sa désolation est proche. » Lc 21:22 ajoute : « Car ce seront des jours de vengeance, pour l’accomplissement de tout ce qui est écrit. » Voir Matthieu 24.34 et Destruction de Jérusalem (70).

Lecture prétériste partielle

Les prétéristes partiels tiennent les 70 semaines pour continues et accomplies au premier siècle, comme la plupart des commentateurs chrétiens anciens. Ils diffèrent entre eux sur le décret de départ et sur la fin exacte.

  • Kenneth L. Gentry (série « Daniel’s Seventy Weeks », Postmillennial Worldview, 2013, partie 4) : la 70e semaine commence à l’onction baptismale du Christ ; le Messie est « retranché » au milieu de la semaine, après environ trois ans et demi de ministère. Les v. 26 et 27 décrivent le même événement sous deux angles : malédiction (le Messie retranché) et bénédiction (l’alliance confirmée). Le « il » du v. 27 est le Messie, qui confirme l’alliance de grâce avec « plusieurs », les fidèles d’Israël. Gentry ne fixe pas la fin exacte de la semaine et ne juge pas ce point décisif ; il note le tournant vers les païens après la mort d’Étienne et la conversion de Paul (vers 34-35). La destruction de la ville et du sanctuaire (v. 26b, 27b) est pour lui une conséquence du rejet du Messie, un ajout qui ne tombe pas nécessairement dans les 490 ans ; la « fin de la guerre » est celle de 70. Le choix du décret (457, sous Artaxerxès, selon la présentation habituelle de sa lecture) est à confirmer dans les parties précédentes de sa série.
  • Philip Mauro (The Seventy Weeks and the Great Tribulation, 1921 ; éd. revue, Bible Truth Depot, Swengel) : les 490 ans partent du décret de Cyrus ; il rejette les chronologies tirées des sources païennes, en particulier le « canon » de Ptolémée, et suit la chronologie biblique de Martin Anstey, qui raccourcit la période perse. Selon le compte rendu de W. R. Roehrs (Concordia Theological Monthly, vers 1945), il fait finir les 490 ans avec la destruction de Jérusalem, à la suite de Luther. Pas d’intervalle entre la 69e et la 70e semaine.
  • Gary DeMar (Last Days Madness, p. 325 et 331, cité par Ice) : « rien dans le texte » de Dn 9:24-27 n’implique un intervalle ; pourquoi en mettre un entre la 69e et la 70e semaine et pas entre la 7e et la 8e ?
  • Harold R. Eberle (Victorious Eschatology, 2006) : les 70 semaines s’accomplissent dans la première venue et la crucifixion du Christ.
  • Keith A. Mathison consacre aux 70 semaines la première annexe de Postmillennialism: An Eschatology of Hope (P&R, 1999 ; « Appendix 1: The Seventy Weeks », d’après la table des matières) ; cette annexe n’a pas été lue ici, et sa lecture n’est donc pas résumée.
  • Jay Rogers (In the Days of These Kings: The Book of Daniel in Preterist Perspective, Media House International, 2017, d’après la notice WorldCat) lit tout Daniel en clé prétériste ; son exposé de Dn 9 n’a pas été retrouvé en ligne et n’est pas résumé ici.
  • James B. Jordan (The Handwriting on the Wall: A Commentary on the Book of Daniel, American Vision, 2007, ch. 18 : « Daniel 9: The End of the Age ») : approche « historique de l’alliance » ; selon la présentation de l’éditeur, Daniel contient une prophétie de 70 × 7 ans sur la vie du peuple de Daniel sous l’empire qui suit Babylone. Ces présentations ne donnent ni le décret de départ ni la fin qu’il retient. Jordan a débattu avec Don K. Preston.

Ce qu’ils gardent pour l’avenir : les prétéristes partiels ne tirent pas de Dn 9 l’accomplissement de la résurrection et du jugement dernier ; pour eux, le texte s’arrête au Christ et à la fin du temple.

Lecture prétériste complète

  • Don K. Preston (Seventy Weeks Are Determined… for the Resurrection ; Seal Up Vision and Prophecy) : Dn 9 fixe le temps où toute prophétie devait s’accomplir ; les 70 semaines vont jusqu’à la destruction de Jérusalem et du temple en 70, sans « intervalle de 2000 ans ». Le v. 24 concerne Israël et l’accomplissement de ses promesses, non la fin de l’histoire. « Sceller la vision et le prophète » signifie que toute vision prophétique est accomplie dans ce délai ; comme la résurrection fait partie des promesses faites à Israël (Dn 12:2), elle doit, selon lui, s’accomplir avant la fin des 70 semaines, donc en 70. (D’après les présentations de ses livres ; les livres eux-mêmes n’ont pas été lus.)
  • Michael J. Sullivan (Daniel’s Seventy Weeks, aussi en Kindle sous le titre A Preterist Exegesis of Daniel’s Seventy Weeks: Daniel 9:24-27) : exégèse prétériste complète ; contenu non vérifié en détail.
  • Point de désaccord avec les partiels : pour Gentry, la destruction de 70 suit les 490 ans sans en faire partie ; pour Preston, la 70e semaine englobe 70, et « sceller la vision et le prophète » interdit de laisser une prophétie non accomplie au-delà. Les partiels répondent que le sceau vise l’accomplissement en Christ (lecture déjà présente chez Tertullien, voir plus bas), non la clôture de toute eschatologie.

Autres lectures

  • Futuriste dispensationaliste (« parenthèse ») :
    • Sir Robert Anderson, The Coming Prince (11e éd., Pickering & Inglis, Glasgow ; 1re éd. vers 1881-1882) : un seul décret pour rebâtir Jérusalem, celui d’Artaxerxès en Nisan de sa 20e année, qu’il place en 445 av. J.-C. ; le 1er Nisan tombe selon lui le 14 mars 445 ; 69 semaines d’années « prophétiques » de 360 jours font 173 880 jours, qui finissent le 6 avril 32, jour de l’entrée à Jérusalem (préface de la 10e éd., p. vi ; p. 123-128). Il déduit l’année de 360 jours des équivalences de Daniel et de l’Apocalypse (1 260 jours = 42 mois = trois temps et demi ; ch. VI, p. 74-75). La 70e semaine est encore future : l’histoire ne connaît rien qui l’accomplisse, et Daniel 7 comporte déjà, selon lui, un « gap or parenthesis » entre la quatrième bête et les dix cornes (ch. VII, p. 76-77).
    • Harold W. Hoehner, « Daniel’s Seventy Weeks and New Testament Chronology », Bibliotheca Sacra 132 (janv. 1975), repris dans Chronological Aspects of the Life of Christ (Zondervan, 1977), ch. VI : il corrige Anderson ; la 20e année d’Artaxerxès tombe en 444, et le compte de 173 880 jours mène du 5 mars 444 au 30 mars 33, date de l’entrée triomphale selon lui (d’après les résumés de Rickard et d’Ice ; texte de Hoehner non consulté).
    • John F. Walvoord, « Is the Seventieth Week of Daniel Future? » (Bibliotheca Sacra, série « Eschatological Problems », repris sur walvoord.com) ; aussi Daniel: The Key to Prophetic Revelation (Moody, 1971) : le v. 26 place la destruction de la ville après la 69e semaine, non dans la 70e, d’où une parenthèse ; « le peuple du chef qui viendra » serait une tournure étrange si le chef était Titus lui-même : le chef est un futur dirigeant romain (Dn 7 et 11, Ap 13) ; « plusieurs » désigne Israël ; une alliance « pour une semaine » ne peut être l’alliance nouvelle, qui est éternelle ; aucun des six buts du v. 24 n’est accompli pour Israël, ils attendent le retour du Christ (Za 12:10 ; 13:1).
    • Thomas Ice (« Why a Gap in Daniel’s 70 Weeks », Tom’s Perspectives, pre-trib.org ; série « The Seventy Weeks of Daniel », partie IX) : le Messie est retranché « après » les 69 semaines, donc dans l’intervalle ; « il n’aura rien » renvoie aux six buts non accomplis ; la destruction de 70 tombe après les 483 ans et ne peut entrer dans les sept ans du v. 27 ; le « il » du v. 27 renvoie à l’antécédent le plus proche, « le chef qui viendra », lecture que suivent selon lui des amillénaristes comme Keil et Leupold ; l’alliance est un traité de sept ans entre l’Antichrist et Israël ; le service du temple a continué une quarantaine d’années après la croix, ce qui contredit, avec G. H. Pember, l’idée que le Christ aurait fait cesser le sacrifice au milieu de la semaine. Il cite Culver, Leon Wood, Steven R. Miller (NAC 18, p. 267) et Randall Price.
  • Historiciste (adventiste, notamment) : départ en 457 av. J.-C. (décret d’Esd 7), 69 semaines jusqu’au baptême de Jésus (27 apr. J.-C.), croix au milieu de la 70e semaine (31), fin vers 34 (lapidation d’Étienne) ; la même date de 457 sert de départ aux 2 300 « soirs et matins » de Dn 8:14. Hans K. LaRondelle (Ministry, mai 1982) défend la continuité contre la lecture de la « parenthèse ».
  • Critique historique : pour la plupart des commentateurs universitaires (par exemple John J. Collins, Daniel, Hermeneia, 1993), le livre date de la crise maccabéenne ; l’« oint retranché » est le grand prêtre Onias III, assassiné en 171 av. J.-C. ; le « chef » est Antiochus IV Épiphane ; l’abomination est l’autel païen dressé dans le temple en 167 (1 M 1:54) ; les 490 ans sont un schéma théologique, pas un compte exact (la note de la New American Bible de l’USCCB va dans le même sens).
  • Symbolique : d’autres (C. F. Keil, d’après Rickard) prennent les nombres comme symboliques, sans calcul d’années.

Objections et réponses

  • Objection : le « il » du v. 27 renvoie au chef du v. 26, non au Messie (Ice, partie IX ; Walvoord).
    • Réponse prétériste : le Messie est le sujet principal du passage, et le « chef qui viendra » n’est même pas le sujet du v. 26 (c’est « le peuple » qui détruit) ; le Christ « confirme » l’alliance par son sang « pour plusieurs » (Mt 26:28) (Gentry, 2013, partie 4). Ice répond que cette lecture viole la grammaire hébraïque.
  • Objection : le Messie meurt « après » les 62 semaines, donc hors de la 70e (Ice, citant Culver et Pusey).
    • Réponse : « après » les 62 (et les 7) semaines, c’est précisément dans la 70e ; Gentry place la croix au milieu de la 70e semaine.
  • Objection : le sacrifice n’a pas cessé à la croix ; il a continué jusqu’en 70 (Pember, cité par Ice).
    • Réponse prétériste : le sacrifice perd sa valeur devant Dieu à la croix (lecture de Gentry, d’après Ice, qui la rejette) ; Clément d’Alexandrie et Tertullien, eux, placent la cessation des sacrifices dans la guerre de 66-70.
  • Objection : une alliance « pour une semaine » ne peut être l’alliance éternelle (Walvoord ; Ice).
    • Réponse : la semaine marque le temps où l’alliance est confirmée à Israël (« plusieurs »), non la durée de l’alliance : pour Albert Barnes, le Christ l’a confirmée par son ministère parmi les Juifs (environ trois ans et demi), puis les apôtres, qui s’adressaient d’abord aux Juifs, jusqu’au tournant vers les païens, le tout formant à peu près sept ans en nombres ronds (Notes on Daniel, 9:27). Gentry (2013, partie 4) place la confirmation au milieu de la 70e semaine, mais ne traite pas directement l’objection de la durée.
  • Objection : aucun calcul ne tombe juste sans années de 360 jours (critique adressée aux prétéristes par Anderson et Hoehner) ; contre-objection : l’année de 360 jours est une supposition non prouvée, et Néhémie ne donne pas le jour du décret, seulement le mois (critique réformée rapportée dans les résumés ; Rickard relève aussi des erreurs de calendrier chez Anderson, dont le 1er Nisan 445 qui tomberait le 13 avril et non le 14 mars, et chez Hoehner).
  • Objection : la parenthèse est une invention moderne (Darby) (DeMar).
    • Réponse futuriste : une dernière semaine renvoyée à la fin des temps se trouve déjà chez Hippolyte de Rome (Sur le Christ et l’Antichrist, 43, vers 200) : « la dernière semaine » est à la fin du monde, et Hénoch et Élie en prêcheront la moitié. Le fait est documenté ; la continuité entre Hippolyte et le dispensationalisme est une interprétation.
  • Objection des prétéristes complets aux partiels : si la 70e semaine finit vers 34, pourquoi « sceller la vision et le prophète » et « les dévastations… jusqu’au terme de la guerre » touchent-ils 70 ? (Preston).
    • Réponse partielle : 70 est la conséquence annoncée, hors des 490 ans (Gentry, 2013).

Ce que montrent les sources

  • Flavius Josèphe, Antiquités juives X, 11, 7 (§ 276) : après avoir appliqué une vision de Daniel à Antiochus Épiphane, il ajoute que Daniel a aussi écrit sur l’empire romain, et que le pays serait dévasté par eux (trad. Whiston). Cela montre qu’un Juif du Ier siècle lisait Daniel comme annonçant la ruine par Rome ; cela ne montre pas quel passage de Daniel il avait en vue (Dn 9 n’est pas nommé).
  • Josèphe, Guerre des Juifs IV, 6, 3 (§ 388) : un « ancien oracle » annonçait la prise de la ville et l’incendie du sanctuaire quand une sédition éclaterait et que des mains juives souilleraient le temple ; Whiston note qu’on ne le trouve pas tel quel dans l’Ancien Testament. VI, 5, 4 (§ 312) : un oracle « ambigu » des Écritures, qu’un homme de leur pays gouvernerait la terre, a poussé les Juifs à la guerre ; Josèphe l’applique à Vespasien. Ces textes montrent une attente fondée sur des oracles chronologiques ; ils ne nomment pas les 70 semaines.
  • Josèphe, Guerre VI, 6, 1 (§ 316) : après l’incendie du temple, les Romains apportent leurs enseignes dans l’enceinte, les dressent devant la porte orientale et leur offrent des sacrifices. Prétéristes (dont Clément d’Alexandrie, qui parle d’abomination néronienne) y voient l’abomination dans le lieu saint ; Ice (à la suite de Carson et de Toussaint) objecte que ce fait vient trop tard pour la fuite de Mt 24:16 : il suit l’incendie du Temple, même s’il précède la prise de la ville haute le 8 Gorpiaios (VI, 8, 5 § 407).
  • Clément d’Alexandrie, Stromates I, 21 : le temple est bâti en sept semaines ; le Christ, Saint des saints, accomplit « la vision et la prophétie » ; pendant la demi-semaine, Néron établit l’abomination dans la ville sainte ; Vespasien détruit Jérusalem. Lecture continue, terminée par 70.
  • Tertullien, Contre les Juifs 8 : les 70 semaines sont accomplies « au jour de leur assaut », sous Vespasien ; « la vision et le prophète sont scellés » parce que le Christ est « le sceau de tous les prophètes » ; après lui il n’y a plus de vision ni de prophète pour l’annoncer. C’est la lecture classique du « sceau » comme accomplissement en Christ, non comme fin de toute prophétie.
  • Jules l’Africain, Chronographie (cité par Eusèbe, Démonstration évangélique VIII, 2, et par Anderson, ch. VI, note) : départ à la 20e année d’Artaxerxès, années lunaires, fin vers la Passion. Montre que le calcul à partir de Néhémie est ancien.
  • Hippolyte, Sur le Christ et l’Antichrist 43 et 64 : la dernière semaine est à la fin du monde. Montre qu’une lecture futuriste de la 70e semaine existe dès le début du IIIe siècle.

À vérifier

  • Le décret retenu par Gentry et ses dates (457 ?) dans les premières parties de sa série de 2013 et dans He Shall Have Dominion.
  • La lecture de James B. Jordan (ch. 18) : décret de départ, fin des 70 semaines, identité du « chef ».
  • Les arguments de Preston et de Sullivan sur le texte même de leurs livres (années de parution, pages).
  • L’annexe de Mathison sur les 70 semaines (Postmillennialism, 1999).
  • Hoehner : pages exactes et dates (5 mars 444, 30 mars 33) dans le texte original ; Walvoord : volume et année de l’article de Bibliotheca Sacra (série « Eschatological Problems », années 1940 ?).
  • Date de la 1re édition de The Coming Prince.
  • Réglé le 2026-10-28 : la forme grecque de l’abomination en Dn 9:27, 11:31 et 12:11 (Septante ancienne et Théodotion, édition Rahlfs), comparée à Mt 24:15.
  • Une source prétériste qui donne, pour Gentry, la réponse à l’objection d’une alliance « pour une semaine ».
  • La lecture de Dn 9 par Jay Rogers (In the Days of These Kings, 2017).
  • Pentecost (Things to Come) et LaHaye : leur exposé de Dn 9:27, non consulté.
  • La position exacte d’Ice sur Lc 21:20-24 (accompli en 70) et Mt 24:15 (futur) dans sa série sur Mt 24-25.
  • La date de la recension de Roehrs (CTM 16, n° 5) et l’année de l’édition revue de Mauro.

Voir aussi

Sources