Ressources · Débats et objections

Actes 1.11 et le retour visible

Actes 1:9-11 est le texte que les adversaires du prétérisme complet jugent le plus décisif : Jésus monte, vu des apôtres, et « reviendra de la même manière ». Mathison (2004) en tire un retour visible et corporel, encore futur. Les prétéristes complets ne s'accordent pas sur une réponse : retour dans la nuée de gloire, invisible au monde (King, Otto, Noē, Sullivan), venue reconnue par le jugement de 70 (Curtis), ou théophanie visible en 66 (Stevens, d'après Josèphe). Le débat porte sur hon tropon, sur les verbes de vue, et sur le lien avec Ap 1:7, Mt 24:30 et Mt 26:64. Depuis 2023, il touche aussi Gary DeMar, qui applique Ac 1:11 à 70 sans se dire prétériste complet.

La question

Les textes de temps (« cette génération », « bientôt ») sont l’argument fort du prétérisme ; Actes 1:9-11 est, pour ses adversaires, l’argument fort de l’autre camp. Le récit ne contient aucune indication de temps, mais il décrit une manière : Jésus est élevé sous les yeux des apôtres, et les deux hommes en blanc annoncent qu’il reviendra « de la même manière ». Si cette manière est corporelle et visible, une venue en 70 qui ne fut ni l’une ni l’autre ne peut pas l’accomplir, et le prétérisme complet tombe. C’est aussi la ligne de partage avec le Prétérisme partiel, qui accepte une venue « sur les nuées » en 70 (Ap 1:7 ; Mt 24:30) mais garde Ac 1:11 pour la fin.

Les fiches d’école résument déjà l’échange en quelques lignes (Prétérisme complet, « Objections et réponses » ; Prétérisme partiel, « Objection : Ac 1:11 et l’unité de la venue ») ; cette fiche en donne le détail exégétique, les variantes de chaque camp et le cas DeMar.

Les textes en cause

Louis Segond 1910, sauf l’Apocalypse (traduction de Pierre Savignac).

  • Ac 1:9-11 : « Après avoir dit cela, il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pendant qu’il s’en allait, voici, deux hommes vêtus de blanc leur apparurent, et dirent : Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel. »
    • Le grec dit littéralement « viendra ainsi (houtōs), de la manière dont (hon tropon) vous l’avez vu (etheasasthe, de theaomai) aller au ciel ». Les verbes de vue du passage sont blepō (v. 9), atenizō (v. 10) et theaomai (v. 11) ; les verbes de mouvement, epairō (« fut élevé »), poreuomai (« s’en allait ») et analambanō (« enlevé ») (relevé de Mathison, 2004, et de Bradfield, 2026).
  • Ap 1:7 (traduction de Pierre Savignac) : « Voici, il vient avec les nuées, et tout œil le verra, et ceux qui l’ont transpercé ; et toutes les tribus de la terre se lamenteront sur lui. Oui, amen. » Le verbe est opsetai, futur de horaō ; « il vient » est au présent (erchetai).
  • Za 12:10 : « Et ils tourneront les regards vers moi, celui qu’ils ont percé. Ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique, Ils pleureront amèrement sur lui comme on pleure sur un premier-né. » Le v. 12 précise : « Le pays sera dans le deuil, chaque famille séparément ».
  • Mt 24:30 : « Alors le signe du Fils de l’homme paraîtra dans le ciel, toutes les tribus de la terre se lamenteront, et elles verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire. » (opsontai, de horaō.) Le délai est donné au v. 34 (voir Matthieu 24.34).
  • Mt 26:64 : « De plus, je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. » « Désormais » rend ap’ arti (« à partir de maintenant ») ; « vous verrez », opsesthe (horaō), adressé au souverain sacrificateur et au sanhédrin.
  • Hé 9:28 : « de même Christ, qui s’est offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs, apparaîtra sans péché une seconde fois à ceux qui l’attendent pour leur salut. » (ophthēsetai, passif de horaō.)
  • 1 Jn 3:2 : « nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. »
  • Ph 3:20-21 : « Mais notre cité à nous est dans les cieux, d’où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, qui transformera le corps de notre humiliation, en le rendant semblable au corps de sa gloire ».
  • Col 3:4 : « Quand Christ, votre vie, paraîtra, alors vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire. »
  • Textes invoqués dans l’échange : Lc 24:31 (« mais il disparut de devant eux ») ; Lc 17:20 (« Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards ») ; Es 19:1 (« Voici, l’Éternel est monté sur une nuée rapide, il vient en Égypte ») ; Hé 10:37 (« Encore un peu, un peu de temps : celui qui doit venir viendra, et il ne tardera pas »).
  • Les autres emplois de hon tropon dans le Nouveau Testament, au cœur de l’argument : Mt 23:37 (« comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes ») ; Lc 13:34 ; Ac 7:28 (« Veux-tu me tuer, comme tu as tué hier l’Égyptien ? ») ; Ac 15:11 ; Ac 27:25 ; 2 Tm 3:8 (« De même que Jannès et Jambrès s’opposèrent à Moïse ») (liste de Mathison, d’après le lexique BDAG).
  • Source ancienne : Josèphe, Guerre des Juifs VI, 5, 3, les chars et les troupes armées vus dans les nuées avant le coucher du soleil, peu avant la guerre (texte détaillé dans Destruction de Jérusalem (70)).

Les positions

1. Retour corporel et visible encore à venir (futuristes et prétéristes partiels)

  • Ce qu’ils soutiennent : Ac 1:11 annonce la seconde venue finale, personnelle, corporelle et visible. Pour les partiels, elle se distingue de la venue en jugement de 70, qu’ils lisent en Ap 1:7, Mt 24:30 et Mt 26:64 ; pour les futuristes, toutes ces venues sont la même et sont futures.
  • L’étude de référence : Keith A. Mathison, « Acts 1:9-11 and the Hyper-Preterism Debate » (Ligonier Ministries, 2004 ; mise en ligne en PDF sur hyperpreterism.com, présentée par Gentry le 7 mars 2023). Ses arguments :
    • Les verbes de vue décrivent une observation réelle (theaomai s’emploie normalement d’une vue littérale) ; epairō signifie ici « être soulevé », Luc réservant hupsoō à l’exaltation (Ac 2:33 ; 5:31). Contre Randall Otto, il relève que l’abréviation « abs. » du lexique BAGD signifie « absolu », non « abstrait ».
    • Houtōs et hon tropon se renforcent : il viendra « de la même façon » qu’il est parti. L’expression n’exige pas une identité dans tous les détails, mais elle ne peut pas désigner une manière tout autre.
    • Hon tropon est une locution adverbiale qui porte sur le verbe « venir », non sur la personne du Christ (contre King).
    • Les prétéristes complets n’ont pas d’interprétation commune ; leurs propositions contradictoires donnent, selon lui, l’impression d’une exégèse improvisée. À Bell, il reproche de fixer le sens d’Ac 1:11 par les autres textes de venue sans expliquer le passage.
    • Le retour annoncé va de pair avec la résurrection des corps (Rm 8:11), la transformation des vivants (1 Co 15:51) et la création renouvelée (Rm 8:19-22 ; Ap 21:3), dont on ne voit pas trace au premier siècle.
  • Jason L. Bradfield (« Gary DeMar and Acts 1:11: The Art of Not Dealing With the Text », repris par John Samson, Effectual Grace, 23 mai 2026), ancien prétériste complet selon Gentry : il reprend Mathison, insiste sur le couple houtōs-hon tropon, absent des parallèles invoqués, et oppose au récit d’Ac 1 le vocabulaire de la disparition que Luc emploie ailleurs (Lc 24:31, aphantos egeneto). Il dit avoir lui-même donné, quand il était prétériste complet, une conférence de 45 minutes sur Ac 1:11 dans le Connecticut, suivant la méthode qu’il reproche aujourd’hui à DeMar.
  • R. C. Sproul, cité par Noē : le retour sera aussi visible que le départ, et le texte semble exclure un retour invisible. Sproul applique pourtant Mt 24 à 70 ; à propos de ce jugement, il disait en 1999 : « Was Jesus visible? Did ‘every eye see him’… ? No. » (conférence nationale de Ligonier, citée par Mathison, n. 49).
  • Kenneth L. Gentry applique Ap 1:7 à 70 : les « tribus de la terre » sont les tribus d’Israël, « du pays », et Jean fond Za 12:10 avec Dn 7:13, comme Jésus en Mt 24:30 (« Preterism in Revelation (3) », Postmillennial Worldview, 16 juillet 2024). Il tient en revanche Ac 1:11 pour futur : il a publié l’article de Mathison et cosigné en 2023 la lettre demandant à DeMar s’il croit au retour corporel à venir.
  • Les dispensationalistes (Thomas Ice ; Mayhue ; Hitchcock) refusent la coupure des partiels : Ap 1:7 et Mt 24:30 décrivent la même venue que Ac 1:11, encore future. Ice soutient que Za 12-14 annonce la délivrance d’Israël, non son jugement (« Preterism and Zechariah 12-14 », pre-trib.org) ; appliquée à Za 12:10, cette lecture fait du deuil un deuil de repentance au jour du salut plutôt que le deuil de 70 (déduction de la fiche : Ice ne commente pas ce verset dans l’article). Les objections de Mayhue et de Hitchcock sur « tout œil le verra » sont résumées dans Prétérisme partiel.

2. Retour dans la nuée de gloire, invisible au monde (prétéristes complets)

Mathison résume : la plupart des prétéristes complets tiennent la venue de 70 pour invisible, ou visible aux seuls yeux de la foi. Ils arrivent à cette conclusion par des chemins différents.

  • Max R. King (The Cross and the Parousia, Parkman Road Church of Christ, Warren, 1987, p. 495, n. 92) : parousia signifie « arrivée » ou « présence », non « retour » ; « de la même manière » ne vise pas les circonstances physiques de l’ascension, mais la personne : « ce Jésus », ressuscité, enveloppé dans la gloire de Dieu, arrivera « sans péché » (Hé 9:28).
  • Randall E. Otto (Coming in the Clouds: An Evangelical Case for the Invisibility of Christ at His Second Coming, University Press of America, 1994), que Mathison range parmi les auteurs hyper-prétéristes et dont l’exégèse est reprise par plusieurs d’entre eux : les apôtres n’ont pas vu Jésus monter au ciel, puisque la nuée l’a caché ; il est revenu caché de même. Mathison note que l’argument d’Otto repose sur sa thèse d’un corps ressuscité « évanescent ».
  • John Noē (thèse, Trinity Theological Seminary, 2003, p. 363-364) et Timothy James (The Messiah’s Return, Kingdom Publications, 1991, p. 33) : la nuée a caché Jésus, son retour le sera aussi ; l’accent est sur la nuée de Dn 7:13. Noē ajoute que, si « de la même manière » voulait dire « exactement », le texte ne s’accorderait plus avec le cheval blanc (Ap 19:11), l’éclair (Mt 24:27) ou la trompette (1 Th 4:16).
  • William Bell, « The Parousia and Acts 1:11 » (essai en ligne, preteristarchive.com) : les autres textes placent la parousie au premier siècle ; Ac 1:11 parle de la même parousie ; il s’est donc accompli au premier siècle. Mathison lui reproche de ne faire aucune exégèse du passage ; Sullivan répond que c’est laisser un texte sans délai l’emporter sur ceux qui en donnent un qui serait arbitraire.
  • Michael J. Sullivan (House Divided, ch. 4, partie 7, « In Like Manner », 2009, mise en ligne le 23 avril 2013 ; « Acts 1:3–11 and the AD 70 Parousia », fullpreterism.com, 19 septembre 2025) :
    • hon tropon exprime une ressemblance générale, non une reproduction exacte ; Luc aurait pu écrire akribōs (« exactement ») ; il reprend la liste de Milton S. Terry (Mt 23:37 ; Lc 13:34 ; Ac 7:28 ; 2 Tm 3:8) ;
    • Jésus a été caché dans la nuée de gloire du Père (Mt 16:27) et reviendra dans cette nuée, non dans un corps visible (image d’un fils qui voit décoller l’avion de son père sans voir son père) ; il n’est pas certain que les apôtres aient vu son corps monter (v. 9) ;
    • la venue est l’habitation de Dieu dans l’Église à la fin de l’ancienne alliance (Lc 17:20-37 ; Jn 14:2-3, 23) ;
    • Ac 1:11 ne doit pas « l’emporter » sur les paroles de Jésus qui fixent la parousie à sa génération.
  • Don K. Preston (Like Father, Like Son, On Clouds of Glory) : la venue « dans la gloire du Père » (Mt 16:27) se comprend d’après les venues de Dieu en jugement dans l’Ancien Testament, qui n’étaient pas des apparitions corporelles (présentation de l’ouvrage). Son exégèse propre d’Ac 1:9-11 n’a pas été lue ici.

3. Une venue « vue » par le jugement : horaō au sens de « percevoir »

  • David B. Curtis (Berean Bible Church, « The Sign of His Coming », 19 juillet 2020) : en Mt 24:30, « verront » signifie « reconnaître, percevoir » : Israël a reconnu en 70, par le jugement, que Jésus était le Messie ; en Ac 1:11, hon tropon veut dire « semblable d’une certaine façon » (Lc 13:34), et l’accent porte sur la nuée ; les « tribus » sont celles d’Israël.
  • Dan L. Trotter : le « vous » de Mt 26:64 vise le sanhédrin, qui a « vu » la venue en jugement de 70 ; en Ap 1:7, les tribus sont celles d’Israël et gē peut se traduire « pays » (voir sa fiche).
  • Le point commun à cette lecture : horaō (Mt 24:30 ; 26:64 ; Ap 1:7) n’est pas le verbe d’Ac 1:11 (theaomai). Les prétéristes qui lisent horaō au sens de « percevoir » laissent donc ouverte la question d’Ac 1:11, qu’ils règlent par la nuée (position 2). Aucun auteur trouvé ne soutient que theaomai en Ac 1:11 a lui-même le sens de « comprendre ».

4. Une venue visible en 66, sous forme de théophanie (Ed Stevens)

Stevens se distingue : pour lui, la venue de 70 était visible et corporelle, mais pas sur la terre.

  • Le Jour des expiations (Questions About the Afterlife, IPA, 1999, p. 44, cité par Mathison) : l’ascension est l’entrée du grand prêtre dans le lieu très saint céleste (Hé 9:23-28), la nuée figurant la fumée de l’encens ; le retour est sa sortie, pour annoncer que l’expiation est accomplie, « dans très peu de temps » (Hé 10:37 ; Hé 9:28).
  • Une théophanie visible (courriels à Mathison des 24 février et 7 avril 2004) : le retour est une théophanie « dans l’air », comme l’ascension ; les anges n’ont pas dit que Jésus reposerait les pieds sur la terre.
  • Josèphe : comme la plupart des commentateurs lient Ap 1:7 et Ac 1:11, il juge raisonnable de rapporter les deux à la vision des chars et des troupes armées dans les nuées que Josèphe place avant la guerre (BJ VI, 5, 3). Il le dit dans sa préface à la réédition de Russell, The Parousia (IPA, 2003, p. xii), où il s’appuie sur une remarque de Sproul.

5. Le cas Gary DeMar

  • Le contexte : en mars 2023, quatorze auteurs, dont Gentry, Bradfield et Frost, demandent publiquement à DeMar s’il croit au retour corporel et glorieux du Christ à venir, à une résurrection physique générale et au jugement final (détail dans Prétérisme partiel et dans sa fiche). DeMar a dit ne pas être prétériste complet et refuse de traiter les prétéristes complets d’hérétiques.
  • Ce qu’il a dit sur Ac 1:11, d’après le résumé critique de Bradfield (2026), sa seule source trouvée : dans un balado récent, DeMar répond à Toby Sumpter, qui avait opposé Ac 1:11 sur Cross Politic en 2025. Il passe en revue les textes de venue placés en 70 par beaucoup de prétéristes (Mt 10:23 ; 16:27-28 ; 24:30 ; 26:64), soutient qu’Ac 1:11 parle du même événement, et traduit hon tropon par « comme » plutôt que « de la même manière », en citant Mt 23:37, Ac 7:28 et 2 Tm 3:8. Sullivan rapporte de son côté que DeMar cite Zachary Pearce, pour qui Ac 1:11 vise la venue du Christ pour juger Jérusalem.
  • Ses écrits avec Kim Burgess : selon Bradfield, The Hope of Israel and the Nations (Kim Burgess avec Gary DeMar, American Vision, 2023-2024, deux volumes, 24 épisodes) ne traite pas Ac 1:9-11 ; l’épisode 23 dit que « la forme ou la manière » de la parousie du Christ changera. Selon John Samson (Effectual Grace, 6 mai 2025), le volume 2 (2024) lit Ph 3:21 comme une transformation collective et d’alliance achevée en 70.
  • Ce qu’on ne peut pas dire : aucune déclaration de DeMar lui-même sur Ac 1:11 n’a été lue ici ; on ne connaît sa position que par ses critiques.

Réponses et contre-réponses

  • Les apôtres ont-ils vu Jésus monter ?
    • Otto, Noē, Sullivan : non, la nuée l’a dérobé « à leurs yeux » (v. 9) ; ce qu’ils ont vu, c’est la nuée.
    • Mathison : le v. 11 dit expressément « vous l’avez vu (etheasasthe) allant au ciel » ; Otto contredit le texte en écrivant que les disciples ne l’ont pas vu monter. Qu’il soit monté avec la nuée ou vers la nuée, son départ fut visible et corporel.
    • Sullivan : Mathison concède lui-même que la nuée a pu le cacher dès le départ.
  • Le sens de hon tropon.
    • Terry, Sullivan, Curtis, DeMar : l’expression marque une ressemblance générale ; en Mt 23:37, une poule et Jésus ne rassemblent pas « de la même manière » au sens strict ; en 2 Tm 3:8, les faux docteurs ne s’opposent pas à la vérité par la magie de Jannès et Jambrès.
    • Mathison, Bradfield : personne ne soutient une identité dans tous les détails, mais l’expression ne peut désigner une manière opposée ; en Ac 1:11, houtōs la renforce, ce qui manque aux parallèles cités.
    • Noē : si l’on exige l’identité, il faut un retour sans cheval blanc, sans trompette et sans armée d’anges ; si on ne l’exige pas, il faut dire où s’arrête la ressemblance.
  • La nuée est-elle le point commun ?
    • Sullivan, James, Stevens : la nuée d’Ac 1:9 est la nuée de gloire, celle des venues de Dieu (Es 19:1 ; Dn 7:13) ; Jésus revient « avec les nuées » (Ap 1:7) comme il est parti.
    • Mathison : qu’il ait été élevé avec la nuée ou jusqu’à la nuée, la manière de son départ fut visible et corporelle ; c’est cette manière que reprend le retour.
  • Gentry est-il cohérent ?
    • Harden (1999), Sullivan, Preston : Gentry applique à 70 Ap 1:7, qui parle de nuées et de vue, mais pas Ac 1:9-11, qui parle des mêmes nuées (voir Prétérisme partiel).
    • Réponse partielle : l’Écriture connaît plusieurs venues de Dieu en jugement (Es 19:1) ; Ap 1:7 a un délai (« bientôt », Ap 1:1-3 ; voir Apocalypse 1.1-3), Ac 1:11 n’en a aucun ; le second texte décrit un départ corporel et vu, le premier un jugement.
  • Russell, précurseur des complets, donne raison aux deux camps. J. Stuart Russell (The Parousia, 1887, p. 147-148 de la réédition Baker de 1983) écrit qu’il ne faut pas « trop presser » l’expression (Jésus est parti seul et sans éclat, il reviendra dans la gloire), mais qu’elle implique une venue « visible et personnelle », non seulement providentielle ou spirituelle (avec Ap 1:7) ; et il la place au premier siècle. Mathison reconnaît, dans la note 25 de son article de 2004, avoir mal présenté Russell dans When Shall These Things Be? (P&R, 2004, p. 184, n. 42) : il y écrivait que Russell n’offre aucune preuve que le passage ne vise pas la seconde venue visible, alors qu’il voulait écrire « la seconde venue visible future » ; Russell, précise-t-il, tient bien Ac 1:9-11 pour une venue de 70 « visible » en un sens, et il promet de corriger la note dans les réimpressions.
  • Stevens et Josèphe. Mathison : Josèphe n’est pas l’Écriture ; Stevens dit ailleurs que la venue ne serait vue que des yeux spirituels ouverts (Expectations Demand a First Century Rapture, p. 52), alors comment des Juifs incrédules l’auraient-ils vue ? Et Josèphe parle de chars et de troupes, comme ce que vit le serviteur d’Élisée (2 R 6:17), non de Jésus. Mathison juge aussi que Stevens prête à Sproul une opinion que celui-ci n’avait pas.
  • « Tribus de la terre » ou « du pays ».
    • Gentry, Curtis, Trotter : gē désigne souvent la terre promise ; les « tribus » sont celles d’Israël ; en Za 12:12, c’est « le pays » qui est en deuil.
    • Lecture large (commentaire de la traduction de Pierre Savignac) : la formule de Jean n’est pas celle de Zacharie, mais celle de la promesse à Abraham dans la Septante (Gn 12:3 : « toutes les familles de la terre seront bénies en toi » ; Gn 28:14), où l’hébreu dit adamah, la terre habitée ; Jean élargit la scène aux nations. Le même commentaire note que le deuil de Za 12:10 est de repentir autant que de détresse.
    • Remarque de la fiche : le sens de gē ne fixe pas à lui seul la date, puisque « pays » s’accorde aussi avec une lecture futuriste centrée sur Israël.
  • Mt 26:64 et Hé 9:28.
    • Prétéristes complets (Trotter, Curtis) : le sanhédrin devait « voir » la venue ; « désormais » (ap’ arti) l’ouvre aussitôt ; ce « voir » ne peut être qu’une perception de l’événement de 70. Sullivan affirme que Mathison l’admet (source non retrouvée dans l’article de 2004).
    • Stevens : Hé 9:28 (« apparaîtra… une seconde fois ») est la sortie du grand prêtre ; elle est liée à Hé 10:37, « encore un peu, un peu de temps ».
  • Ph 3:20-21, Col 3:4, 1 Jn 3:2 : voir le Christ et être transformé.
    • Critiques : ces textes lient l’apparition du Christ à la transformation du corps des croyants et à la vision de « tel qu’il est » ; ils supposent que les croyants le verront. Samson (2025, d’après Bradfield) soutient que « notre corps » (singulier) est distributif, comme en Mt 10:30, et non collectif ; que le corps transformé est individuel ; et que la mort n’est pas encore abolie (1 Co 15:26 ; Hé 2:8).
    • Prétéristes complets (CBV) : « le corps de notre humiliation » est le corps collectif du peuple sous l’ancienne alliance, transformé en 70 (lecture de DeMar et Burgess rapportée par Samson ; voir 1 Corinthiens 15). Aucune réponse prétériste publiée sur Col 3:4 et 1 Jn 3:2 n’a été trouvée.

Ce qui est établi et ce qui reste ouvert

Établi par les sources :

  • Le texte grec d’Ac 1:9-11 emploie trois verbes de vue et trois verbes de mouvement ; le v. 11 dit que les apôtres ont « vu » (theaomai) Jésus aller au ciel, et le v. 9 qu’une nuée le déroba à leurs yeux. Les deux affirmations sont dans le texte ; leur articulation est l’objet du débat.
  • Hon tropon a, dans les autres emplois du Nouveau Testament, le sens de « comme, de la manière dont », et ces emplois n’impliquent pas d’identité stricte ; les deux camps l’admettent. Le désaccord porte sur la portée de la ressemblance.
  • Ac 1:9-11 ne contient aucune indication de temps (Mathison ; Russell le disait déjà).
  • Les verbes de Mt 24:30, Mt 26:64, Ap 1:7 et Hé 9:28 sont des formes de horaō, celui d’Ac 1:11 est theaomai.
  • Les prétéristes complets n’ont pas d’interprétation unique d’Ac 1:11 : nuée et invisibilité (King, Otto, Noē, James, Sullivan), perception par le jugement (Curtis), théophanie visible (Stevens), argument par les autres textes (Bell). Mathison en tire une objection ; les prétéristes répondent que leurs divergences portent sur la manière, non sur la date.
  • Russell et Stevens, du côté prétériste, admettent une venue visible « en un certain sens » au premier siècle ; la thèse d’une venue entièrement invisible n’est donc pas commune à tous les prétéristes.

Ce que les sources ne tranchent pas :

  • Si « de la même manière » porte sur la nuée, sur le corps, ou sur les deux. Le texte dit les deux (« vu allant », « une nuée le déroba »), et chaque camp met l’accent sur l’un.
  • Si Ap 1:7, Mt 24:30 et Ac 1:11 décrivent un seul événement ou deux. C’est une question de synthèse entre textes, non d’exégèse d’un seul verset ; elle sépare les futuristes (un événement futur), les partiels (deux événements) et les complets (un événement passé).
  • Si « tout œil le verra » demande une vue corporelle universelle, une perception par le jugement, ou une vue limitée au « pays ». La lecture de gē ne suffit pas à décider.
  • Le sens du récit de Josèphe (BJ VI, 5, 3) : la source rapporte un prodige ; qu’il soit l’accomplissement d’Ap 1:7 ou d’Ac 1:11 est une interprétation que Josèphe ne fait pas.
  • La position actuelle de DeMar, connue seulement par ses critiques.

À vérifier

  • Les déclarations de DeMar lui-même sur Ac 1:11 : titre et date du balado résumé par Bradfield ; ce qu’il écrivait sur ce verset dans Last Days Madness (4e éd., 1999) avant 2023. Le nom de l’interlocuteur de Cross Politic est écrit « Sumter » dans le résumé consulté ; « Toby Sumpter » est à confirmer sur l’émission.
  • L’affirmation de Sullivan selon laquelle Mathison admet que le Christ fut « vu » venir sur les nuées en 70 (Mt 26:64) : elle ne figure pas dans l’article de 2004 ; à chercher dans Postmillennialism (1999) ou From Age to Age (2009).
  • La date de la venue dans le livre d’Otto (1994), non lu ici : le titre parle seulement de l’invisibilité de la seconde venue. Dans sa recension de Sproul (Quodlibet Journal 1:6, 1999), Otto refuse de distinguer la venue de 70 et « la » parousie, et appelle le prétérisme partiel un « marchepied » vers une eschatologie cohérente ; reste à savoir si le livre de 1994 date déjà la venue en 70.
  • La lecture d’Ac 1:11 par Walvoord et par Thomas Ice dans leurs propres textes (non lus ici : bible.org a refusé l’accès, et l’article d’Ice sur Za 12-14 ne traite pas Ac 1:11).
  • L’exégèse propre de Preston sur Ac 1:9-11, et l’essai de Bell « The Parousia and Acts 1:11 » (connu par Mathison seulement).
  • Une réponse prétériste complète publiée sur Col 3:4 et 1 Jn 3:2, et une réponse futuriste ou partielle précise (auteur, page) sur Mt 26:64 et Hé 9:28.
  • L’essai anonyme « Do Angels Ask Stupid Questions? » et celui de Kenneth J. Davies, « How was Acts 1:11 Fulfilled in AD 70? », cités par Mathison, dont les liens (geocities, addr.com) sont morts.
  • Le texte de Zachary Pearce cité par DeMar d’après Sullivan (titre de l’ouvrage, page).

Voir aussi

Sources